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    <title>Pavillon rouge et noir - Mot-clé - lecture</title>
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    <description>Pavillon rouge et noir, le blog de Pablo Rauzy</description>
    <language>fr</language>
    <pubDate>Tue, 19 May 2026 13:32:02 +0200</pubDate>
    <copyright></copyright>
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        <title>Lecture : “Cryptocommunisme”</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2023/06/Cryptocommunisme-Mark-Alizart</link>
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        <pubDate>Wed, 21 Jun 2023 07:42:00 +0200</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>blockchain</category>
                  <category>critique</category>
                  <category>lecture</category>
                <description>          &lt;p&gt;Alors que de nombreuses évidences pointent vers le fait que les blockchains et « cryptomonnaies » sont enracinées dans une matrice idéologique libertarienne et d'extrême droite, les adeptes de ces technologies persistent à vouloir les présenter comme neutres. À de multiples reprises, le livre &lt;em&gt;Cryptocommunisme&lt;/em&gt; de Mark Alizart m'a été cité comme référence dans l'objectif de démontrer que ces technologies peuvent être perçues comme étant de gauche, et que donc leur positionnement idéologique ne serait pas intrinsèque mais simplement une question de point de vue, purement lié à l'usage qui en serait fait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/couv_cryptocommunisme.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0px 0px 1em 1em; width: 250px;&quot; /&gt;En effet, Mark Alizart prétend que les « cryptomonnaies » rendent pour la première fois pensable un communisme qui ne soit pas qu'une utopie. Ce n'est pas une petite affirmation ! Ayant beaucoup réfléchi à la question et m'étant déjà forgé un avis solide sur le sujet, j'étais évidemment sceptique, mais particulièrement curieux des arguments et raisonnements qui seraient présentés par l'auteur : est-ce qu'il parviendrait à ébranler certaines de mes convictions, ou, a minima, est-ce qu'il aurait des arguments qui soient difficiles à déconstruire ? Ce serait vraiment intéressant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J'ai donc entamé assez enthousiaste la lecture de son livre, en décidant de mettre de côté toutes mes certitudes, pour suivre les raisonnements proposés par l'auteur tels qu'il les entend, sans a priori. &lt;em&gt;Oh boy!&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant le dire d'emblée, si un jour on apprend que “Mark Alizart” est en fait le nom de scène d'un artiste dont l'objet des performances est d'explorer les limites de l'absurde, je serai le dernier surpris. Notez que depuis le début on a potentiellement un indice pour nous mettre sur cette piste, du moins si, comme j'en suis arrivé à le suspecter au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture, ce nom est en fait un dérivé de “marque au hasard” (“marque” dans le sens de “écrit”).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, cet ouvrage aura au moins été un test des limites du processus de contrôle éditorial des éditions PUF. Et pour le coup, aucun doute ne subsiste : le test est franchement raté. Sauf si la maison d'édition est dans le coup de la performance de Marque Auhasard ? Plus sérieusement, quelle honte pour les Presses universitaires de France…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce livre, l'auteur ne démontre rien, si ce n'est son incompétence dans de nombreuses disciplines. Ses raisonnements se limitent systématiquement à des analogies foireuses dont il tire des conclusions sorties de nulle part. Certaines des analogies utilisées pourraient peut-être être utiles dans des contextes de vulgarisation, pour essayer de faire sentir temporairement une idée par intuition à des personnes qui ne sont familières qu'avec un seul des deux côtés de l'analogie. Et encore, cela ne resterait de la vulgarisation qu'à la condition sine qua non d'expliciter les limites de ces analogies et le fait que leur rôle se cantonne à donner une intuition et non une compréhension réelle. Sinon, c'est juste du charlatanisme. Et je pense que c'est ça le vrai problème de l'auteur. D'analogie en analogie, il croit avoir compris un tas de choses dont il ne maîtrise en réalité même pas les notions abordées dans les premières séances d'un cours introductif au sujet. Presque tout y passe : économie, science politique, philosophie, biologie cellulaire, écologie évolutive, botanique, linguistique, physique (en particulier la thermodynamique), et bien sûr, informatique (en particulier la théorie algorithmique de l'information et la cryptographie).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne résiste pas à l'envie de reproduire ici deux répliques du personnage du Roi Loth dans Kaamelott. La première réplique est dite en réponse à Galessin, qui lui demande &lt;q&gt;Le rapport entre quoi et quoi ?&lt;/q&gt; :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Entre Excalibur et le fromage gratiné. Réponse : aucun. C'est une métaphore moisie tiraillée entre votre stupidité d'ordre général et votre surprenante inaptitude à utiliser les métaphores…&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L'autre réplique, dans une conversation avec d'autres chefs de clans :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ah voilà… C'est là le danger de la métaphore… si on parle avec des gros tas de bidoches, au bout de cinq minutes, personne ne parle de la même chose !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mais revenons en au livre. J'ai la chance d'avoir pas mal d'ami·es universitaires dans différentes disciplines, et d'avoir pu leur demander leur avis, pour confirmer ou infirmer (mais ça n'est pas arrivé) mon impression de gigantesque n'importe quoi sur de nombreux passages du livre. Outre un nombre certain de points d'interrogation dénotant l'incrédulité de mes interlocuteur·ices face aux extraits de texte que je leur présentais, et en faisant l'impasse sur les réactions parfois vulgaires d'agacements voire d'énervements que je vais m'abstenir de reproduire ici, j'ai eu le droit entre autres à un &lt;q&gt;mais il faut arrêter la drogue&lt;/q&gt;, un audacieux &lt;q&gt;je ne sais pas ce qu'il prend mais j'en veux&lt;/q&gt;, ainsi qu'un moins téméraire mais plus raisonnable &lt;q&gt;je sais pas ce qu'il prend, mais j'en veux pas&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entrons donc dans le vif du sujet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ça commence très fort dès les premières pages de l'ouvrage, avec l'affirmation que pour Marx &lt;q&gt;l'argent est précisément l'équivalent économique du concept thermodynamique d'information&lt;/q&gt;. Cette analogie avec la thermodynamique est justifiée pour l'auteur car d'après Hayek &lt;q&gt;les prix informent sur les marchandises&lt;/q&gt;. Elle sera réutilisée tout le long de l'ouvrage. D'après un spécialiste de Marx à qui j'ai pu poser la question &lt;q&gt;ça a l'air d'être de la grosse connerie&lt;/q&gt; (sic).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques pages plus loin, l'auteur nous informe que &lt;q&gt;chiffrer un document équivaut à le retirer purement et simplement du réseau&lt;/q&gt;. Dans le même paragraphe, il écrit qu'une blockchain permet de créer &lt;q&gt;un fichier doué de la propriété d'être échangeable sans pouvoir être duplicable&lt;/q&gt;. Dans les deux cas il s'agit d'incompréhensions majeures. Un document qui est disponible sur un réseau n'en disparaît pas par magie quand on en produit une version chiffrée. Une blockchain ne permet absolument pas d'empêcher la duplication de fichier mais simplement de s'assurer qu'une information fasse consensus, sachant que l'information ne peut porter que sur des crypto-actifs qui &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2021/06/La-v%C3%A9rit%C3%A9-sur-la-blockchain&quot;&gt;n'existent que par un jeu d'écriture sur la blockchain en question&lt;/a&gt;, et que &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/01/Vocabulaire-%3A-consensus&quot;&gt;la notion de consensus dont il est ici question est très restrictive&lt;/a&gt; (il s'agit simplement de l'unicité de l'information, au sens où toutes ses copies ont la garantie d'être identiques, tant qu'on reste sur cette blockchain).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les paragraphes suivants, après une explication aussi laborieuse qu'approximative du &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Probl%C3%A8me_des_g%C3%A9n%C3%A9raux_byzantins&quot;&gt;problème des généraux byzantins&lt;/a&gt;, l'auteur affirme que l'obtention d'un registre distribué et immuable (avec ses mots &lt;q&gt;créer une information à la fois unique et échangeable&lt;/q&gt;) est permise par Satoshi (l'inventeur de Bitcoin) grâce à &lt;q&gt;un ingénieux système de validation et consensus qui repose sur (…) la cryptographie&lt;/q&gt;. Encore raté : les mécanismes de consensus et de validation des blocs d'une blockchain ne sont pas nécessaire si tout ce dont on a besoin est un registre distribué et immuable, cf. mon article sur &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/01/La-n%C3%A9cessit%C3%A9-de-la-preuve-de-travail-%28ou-d-enjeu%29&quot;&gt;la nécessité de la preuve de travail (ou d'enjeu)&lt;/a&gt;. Ajoutons que le secret ou l'authenticité des communications (y compris de messages ajoutés au registre distribué et immuable dont on souhaite disposer ici) sont des problèmes traitables indépendamment de celui-ci.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrive ensuite une tentative d'explication du fonctionnement des blockchains, de Bitcoin plus précisément. Évidemment, l'auteur fonctionne par analogie :&amp;nbsp;&lt;q&gt;En remplaçant les généraux par des ordinateurs et leurs votes par des informations qu'ils échangent entre eux, on obtient Bitcoin&lt;/q&gt;. Et là, c'est un festival. L'auteur affirme par exemple que &lt;q&gt;[la preuve de travail] consiste à trouver la combinaison d'un cryptogramme qui prend dix minutes à être craqué&lt;/q&gt;. Avec beaucoup de bienveillance envers lui, on dira que c'est a minima extrêmement mal formulé. Plus loin il dit aussi que &lt;q&gt;la vérification [des blocs] est opérée par des “nœuds” qui ne peuvent pas lire l'information des blocs (puisqu'elle est protégée par un cryptogramme)&lt;/q&gt;. L'auteur ne prend pas la peine d'expliquer comment on vérifie la validité des transactions inscrites dans le bloc sans pouvoir les lire (bon, techniquement, quelque chose de cet ordre là est possible en ayant recours à de la &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Preuve_%C3%A0_divulgation_nulle_de_connaissance&quot;&gt;preuve à divulgation nulle de connaissance&lt;/a&gt;, mais ce n'est pas le cas dans Bitcoin dont il est ici question). Par ailleurs, la réutilisation du terme “cryptogramme” ici me laisse penser que que la citation précédente est bien fausse et pas simplement mal formulée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À peine plus loin, une nouvelle analogie, avec la botanique cette fois, à travers laquelle l'auteur affirme que &lt;q&gt;Bitcoin est de l'énergie captive (l'énergie qu'il faut pour craquer un cryptogramme), à la manière dont une plante est de l'énergie captive.&lt;/q&gt;. À ce compte là, littéralement toute chose est de l'énergie captive. C'est donc une propriété vide de sens. Ça n'empêche pas l'auteur d'en tirer la conclusion que &lt;q&gt;Bitcoin n'est plus une simple pellicule d'information qui enveloppe le monde, il est fait de la même information que celle qui circule dans le monde, une information porteuse d'énergie. C'est pourquoi, il permet à l'informatique d'être, pour la première fois, à la hauteur de sa mission révolutionnaire, qui est sa mission thermodynamique.&lt;/q&gt;. Erf, &lt;em&gt;No comment.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je pourrais m'arrêter là tant les quelques points déjà relevés sont accablants, mais je vais continuer, parce qu'il y a encore quelques pépites que je voudrais partager sans pour autant infliger la lecture du livre à qui que ce soit. Si vous en avez déjà assez, &lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/Cryptocommunisme-Mark-Alizart#cryptocommunisme-conclusion&quot;&gt;sautez donc directement à la conclusion en cliquant ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour les autres, voilà un petit florilège de passages que j'ai relevé parmi les plus… curieux, disons. En gardant en tête que le livre est jonchés d'autres idioties trop diffuses pour être facilement citables. Mais attention ! N'essayez pas de reproduire ces raisonnements chez vous. Ils sont réalisés par un professionnel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le chapitre suivant, l'auteur explique que &lt;q&gt;Jusqu'à Satoshi, l'information traitée par les ordinateurs était sans prix, puisqu'elle était copiable à l'infini. Avec Bitcoin, le concept d'information non duplicable apparaît, si bien qu'un bitcoin peut avoir de la valeur.&lt;/q&gt;. Je n'imaginais pas que quelqu'un se décrivant lui-même comme philosophe puisse être aussi ignare sur la notion de &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Valeur_(%C3%A9conomie)&quot;&gt;valeur&lt;/a&gt;. Non seulement il se cantonne sans le dire explicitement (mais s'en rend-il seulement compte ?) à la notion de &lt;em&gt;valeur marchande&lt;/em&gt; elle-même restreinte à une &lt;em&gt;valeur spéculative&lt;/em&gt; au sens de prix sur un marché, mais même dans ce cadre, où la rareté peut être vue comme &lt;em&gt;nécessaire&lt;/em&gt;, elle n'est pas &lt;em&gt;suffisante&lt;/em&gt; : encore faut-il qu'une demande existe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette affirmation saugrenue sur la valeur est suivie d'une analogie entre Bitcoin et un parking qui ne disposerait que de 21 millions de places (par analogie avec la limite des 21 millions de bitcoins), ce qui conférerait (évidemment !) une valeur aux places, et où les voitures seraient des messages qu'on peut garer sur des bitcoins. Dans cette analogie automobile, l'auteur confond les bitcoins (la monnaie) et les blocs de transactions (des ordres de virement). Juste après, l'auteur se surpasse en réussissant à expliquer, assez justement, que les bitcoins n'ont de valeur que purement virtuelle (&lt;q&gt;La valeur d'un bitcoin tient donc tout entière dans le fait qu'il peut en avoir une&lt;/q&gt;) tout en faisant preuve d'une grande confusion entre les frais de transaction et le cours du bitcoin (&lt;q&gt;Si un mineur Z dit qu'écrire dans son bloc coûte 1 euro et que quelqu'un est d'accord pour donner 1 euro au mineur Z en échange du droit à être cette personne qui peut écrire un secret dessus, alors ce bitcoin vaut vraiment 1 euro.&lt;/q&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un peu plus loin il se passe une chose étrange, où l'auteur arrive à tenir presque trois paragraphes sans dire de bêtises, mais il se trouve que ces trois paragraphes vont totalement à l'encontre de la thèse qu'il dit défendre dans son livre. Dans ces paragraphes, il explique que Bitcoin est &lt;q&gt;un puissant instrument d'évasion fiscale et de désolidarisation de l'effort collectif&lt;/q&gt; ou encore que Bitcoin &lt;q&gt;étrangle même un des dogmes les plus saints de la gauche : l'abolition de la propriété privée&lt;/q&gt;. Drôle de façon d'instaurer le communisme…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passons maintenant aux analogies biologiques. Ça commence avec une analogie entre la monnaie dans une société et l'&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ad%C3%A9nosine_triphosphate&quot;&gt;ATP&lt;/a&gt; dans un organisme. Tout est bien rangé : les mitochondries sont les banques, l'insuline joue le rôle des taux d'intérêt, le diabète et les crampes sont des indicateurs du PIB, et le pancréas c'est… ? Et bien, la finance évidemment (j'en vois qui ne suivent pas là au fond) ! Tout ça va très bien jusqu'au moment où les mitochondries font un coup d'État (sic), et là c'est l'inflation (aïe !). Tout ça pour en arriver à la conclusion que &lt;q&gt;Pour peu que le bitcoin devienne la monnaie-étalon du monde, par adoption populaire, et que Bitcoin, le protocole, devienne aussi l'infrastructure financière du monde, on obtiendrait ainsi la monnaie-ATP optimale pour parvenir à l'équilibre thermodynamique de nos économies.&lt;/q&gt;. À la première lecture j'étais juste affligé, à la relecture pour rédiger ce billet ça devient presque flippant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus loin, dans un chapitre sur l'administration, l'auteur part en vrille complète mais beaucoup plus classique — peut-être un moyen de nous rassurer après la monnaie-ATP ? — en prêtant aux blockchains des vertus qu'elles ne peuvent pas avoir. Il affirme que celles-ci permettraient de garantir nos identités par ce qu'il nomme des &lt;q&gt;preuves d'existence&lt;/q&gt;, et qu'elles pourraient abriter des &lt;q&gt;preuves de propriété&lt;/q&gt; permettant de remplacer les notaires ou encore de garantir les droits d'auteur, les certificats de mariage, voire même de &lt;q&gt;mécaniser le vote&lt;/q&gt;. Quel enfer, sérieusement — fallait pas se rassurer trop longtemps… Bon, ici l'auteur est victime d'une confusion très répandue sur les blockchains quand à la nature des “faits” qu'on y consigne en les y écrivant. &lt;mark&gt;L'écriture dans une blockchain n'apporte de garantie concernant la véracité de ce que cette écriture décrit que quand elle est &lt;em&gt;performative&lt;/em&gt;, c'est-à-dire quand c'est elle qui &lt;em&gt;définit&lt;/em&gt; la vérité. Cela n'est possible que quand ce qui est écrit concerne des crypto-actifs qui n'existent que virtuellement, &lt;em&gt;par jeu d'écriture&lt;/em&gt;, sur la blockchain sur laquelle on écrit. Et &lt;em&gt;c'est tout&lt;/em&gt;.&lt;/mark&gt; Quand à l'idée de vote électronique sur blockchain… Je vous renvoie vers &lt;a href=&quot;https://xkcd.com/2030/&quot;&gt;ce XKCD&lt;/a&gt; et vers l'article “&lt;a href=&quot;https://hal.science/hal-03741811&quot;&gt;Auteur·ices, relecteur·ices : redoublons de prudence face aux effets de modes technologiques&lt;/a&gt;” dont je suis un des co-auteur·ices et qui porte précisément sur ce sujet (et je préviens, nous n'y sommes pas beaucoup plus tendres que je ne le suis ici).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le dernier chapitre avant sa conclusion, l'auteur revient à la charge avec une analogie biologique assimilant cette fois les blockchains à de l'&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_d%C3%A9soxyribonucl%C3%A9ique&quot;&gt;ADN&lt;/a&gt;, et où &lt;q&gt;Le génome d'un individu est fait pour exécuter une myriade de smart-contracts de manière instinctive et automatique.&lt;/q&gt;. Cette analogie lui permet d'affirmer que &lt;q&gt;Précisément, le but de la vie, c'est la forme de la chaîne elle-même, c'est le fait de la construire, comme la valeur du bitcoin tient tout entière à la blockchain qui le soutient.&lt;/q&gt; et qu'il y a &lt;q&gt;une forme de circularité entre la vie et la blockchain&lt;/q&gt;. Cela l'amène à conclure qu'&lt;q&gt;il faut prendre Bitcoin pour ce qu'il est : non pas seulement un protocole informatique, et même pas uniquement une forme d'organisation politique à part entière, fût-elle plus efficiente que les précédentes, mais une forme de vie supérieure&lt;/q&gt;. À ce niveau là de délire, je ne sais même plus quoi dire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fait, au point où on en est, je vais tout simplement m'effacer et laisser entièrement la place à l'auteur, en citant directement et intégralement l'un de ses derniers paragraphes avant sa conclusion. Ce passage, que je m'abstiendrai de commenter avant de conclure moi même, me semble atteindre l'Apothéose du N'importe quoi à la force d'une analogie mêlant économie, philosophie, linguistique, biologie cellulaire, écologie évolutive, et bien sûr, informatique. Ne lisez pas trop vite, prenez le temps d'en profiter.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Imaginons pour finir une blockchain ultime, composée d'une myriade de sidechains articulées à un internet des objets, lui-même constitué de machines autoréplicantes, le tout « miné » par un réseau d'ordinateurs décentralisés commandés par des hommes : la blockchain-mère détiendrait le patrimoine génétique de tous les individus qui la compose, qui en retireraient un sentiment d'unité. Chacun, pourrait dire « J'appartiens à une même espèce et j'en témoigne » en reconnaissant chaque partie de cette espèce comme un autre soi-même (fût-ce de manière non verbale). La blockchain-mère existerait donc au milieu de tous les individus, sous la forme d'un sentiment diffus du « Soi ». Bientôt, une sorte de corps composé de l'interaction entre le tout et les parties émergerait, un corps fait d'instructions, de règles : un langage. Alexander von Humboldt disait que le langage est semblable à un organisme vivant. Lui aussi est assez similaire à une blockchain : on ne fait fourcher la langue qu'à la condition d'une majorité de locuteurs. L'évolution y joue le même rôle que la preuve de travail dans le cadre du vivant. Parler le langage de son espèce, c'est littéralement parler le langage qu'est son espèce, c'est parler ce langage moléculaire qu'est l'ADN. Et pour se le représenter il suffit d'imaginer qu'un organisme « mange » l'espèce en question tout entière, et que cette espèce vive désormais en lui, comme un virus, qu'elle loge quelque part, dans ce qui deviendra son crâne par exemple : on a là le prototype d'un cerveau. Chaque individu de l'espèce continue de vivre sa vie, mais il est désormais un neurone, et la pensée est le résultat du travail des neurones performant leur espèce. La pensée aussi est, en ce sens, un corps. C'est ce corps qui est une proto-conscience. Nous pouvons donc imaginer que nous ayons vocation à devenir le réseau de neurones de la nouvelle forme de vie que sera Bitcoin.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p id=&quot;cryptocommunisme-conclusion&quot;&gt;Je… Concluons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme je l'expliquais en introduction de ce billet, j'ai découvert ce livre car il est régulièrement cité par des cryptocards qui veulent défendre la neutralité de leur technologie fétiche. La mention de &lt;em&gt;Cryptocommunisme&lt;/em&gt; se veut être un moyen de contrebalancer &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/07/The-Politics-of-Bitcoin&quot;&gt;les arguments de David Golumbia&lt;/a&gt; ou &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji&quot;&gt;ceux de Nastasia Hadjadji&lt;/a&gt; affirmant que &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/pages/Blockchain-cryptomonnaie-NFT#BC_politique&quot;&gt;la matrice idéologique des blockchains est ancrée très à droite politiquement&lt;/a&gt;. L'idée étant que si quelqu'un trouve en Bitcoin un moyen d'instaurer le communisme, c'est que l'idéologie politique n'est pas intrinsèque à la technologie, mais uniquement dans les usages qui en sont fait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;span&gt;Maintenant que j'ai lu le livre, j'ai acquis la certitude que celleux qui le citent ne l'ont pas fait.&lt;/span&gt; Sinon, iels l'auraient trouvé trop mauvais pour l'utiliser sérieusement comme argument sans craindre de passer encore plus pour des idiot·es. N'importe qui qui s'est un tant soit peu intéressé au fonctionnement des blockchains, même en y comprenant pas tout, serait accablé à la lecture de ce texte, ne serait-ce que de la tentative de l'auteur de restituer ce qu'il pense avoir compris de Bitcoin, qui est une véritable catastrophe alors même que c'est censé être le cœur de son ouvrage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, comme je suis quasi persuadé que personne n'a vraiment lu ce texte chez PUF avant qu'il y soit publié (sinon, encore une fois, quelle honte…), j'en viens par moment à me demander si (voire à espérer que) je ne suis finalement pas son seul lecteur, me retrouvant le dindon de la farce qu'il y avait à dindonner (&lt;em&gt;les vrai·es savent&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, ne lisez pas ce torchon, ça n'en vaut pas la peine. Ou alors, si vous êtes spécialiste d'un sujet, n'importe lequel, prenez le comme un jeu à boire : une gorgée à chaque fois qu'une bêtise est écrite sur votre domaine ! Mais dans ce cas, prévoyez une journée de libre pour décuver le lendemain de votre lecture.&lt;/p&gt;</description>
        
              </item>
          <item>
        <title>Lecture : “No Crypto”</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji</link>
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        <pubDate>Tue, 23 May 2023 13:12:00 +0200</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>blockchain</category>
                  <category>lecture</category>
                <description>          &lt;p&gt;J'ai virtuellement rencontré &lt;a href=&quot;https://ginkio.com/nastasiahadjadji&quot;&gt;Nastasia Hadjadji&lt;/a&gt; début septembre 2022, sur Twitter, alors qu'elle couvrait en direct depuis Londres le &lt;a href=&quot;https://crypto-policy.tech/&quot;&gt;Crypto Policy Symposium 2022&lt;/a&gt; que je suivais avec intérêt. À vrai dire, je ne m'attendais pas à trouver une couverture de qualité et en français de cet évènement, j'étais en fait tellement surpris et content à la découverte de son travail que je le lui avais immédiatement signifié par message direct, et nous avions alors brièvement échangé à l'époque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, elle annonçait la sortie le 26 mai d'un livre qui tire justement sa genèse du voyage à Londres de l'autrice : &lt;a href=&quot;https://www.editionsdivergences.com/livre/no-crypto-ideologie-et-populisme-au-royaume-des-cryptomonnaies&quot;&gt;&lt;em&gt;No Crypto — Comment Bitcoin a envoûté la planète&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Il ne m'en a pas fallu plus que ça pour le pré-commander immédiatement. En fait, j'ai même été tellement impatient que j'ai demandé à Nastasia Hadjadji si il serait possible d'avoir une copie numérique de son tapuscrit pour pouvoir le lire immédiatement et en faire une critique sur mon blog pour sa sortie, ce qu'elle a chouettement accepté ☺ ! Voici donc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;NO CRYPTO — Comment Bitcoin a envoûté la planète&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/No-Crypto.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0px 0px 1em 1em; width: 300px;&quot; /&gt; La première chose que je retiens de sa lecture, c'est que bien que je ne sois pas le public principalement ciblé par le livre au sens où, étant déjà assez bien informé sur le sujet, je n'y ai pas appris grand chose de nouveau, sa lecture valait quand même largement la peine tant les thèses présentées et les raisonnements développés le sont avec rigueur. C'est toujours bien de remettre les choses en place au sein d'un discours clairement construit et sourcé (d'autant qu'un certains nombre de sources et de nombreux exemples pris au fil de l'ouvrage m'étaient pour le coup inconnus avant sa lecture).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dès l'introduction l'autrice situe proprement son propos : &lt;q&gt;Ce livre propose donc une lecture politique des crypto-actifs ancrée dans la Théorie Critique d’Internet (Critical Internet Theory), une discipline des sciences sociales qui met en lumière les structures de pouvoir qui s'expriment à travers le code et les technologies, en insistant sur la place de l'idéologie dans la diffusion de ces objets.&lt;/q&gt;. Oui, le sujet est politique et doit être traité comme tel. Pour beaucoup de monde, je pense (j'espère) que c'est une évidence. Pour les autres, iels en seront convaincu·es par l'autrice au fil des six chapitres que comporte l'ouvrage et dont les titres ne laissent pas de place à l'ambiguïté : &lt;q&gt;1- Le culte de Bitcoin&lt;/q&gt;, &lt;q&gt;2- Les racines d'une e-déologie&lt;/q&gt;, &lt;q&gt;3- L'âge d'or de l'arnaque&lt;/q&gt;, &lt;q&gt;4- Le désastre écologique&lt;/q&gt;, &lt;q&gt;5- Crypto-colonialisme et inclusion prédatrice&lt;/q&gt;, et pour finir de planter le clou &lt;q&gt;6- Politique du Bitcoin&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après un premier chapitre dans lequel l'autrice dresse avec justesse des portraits typiques des crypto-adeptes&lt;sup data-footnote-id=&quot;xfvqb&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji#footnote-1&quot; id=&quot;footnote-marker-1-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; (au rang desquels on retrouve les &lt;q&gt;opportunistes&lt;/q&gt;, les &lt;q&gt;défricheurs&lt;/q&gt;, les &lt;q&gt;idéologues&lt;/q&gt;, les &lt;q&gt;idéalistes&lt;/q&gt;, et les &lt;q&gt;révoltés&lt;/q&gt;) tout en démontrant la religiosité (quelquefois explicite !) de leur technophilie qui va parfois jusqu'au culte sectaire, le second chapitre démontre sans laisser aucune part au doute que ces technologies presque systématiquement présentées comme anti-système y sont en fait parfaitement et en tous points intégrées. Loin de permettre un monde libéré de l'oligarchie financière, l'industrie des crypto-actifs non seulement dépend des élites en place et les renforce, mais se rend également coupable des mêmes pratiques de collusion entre la finance et les états, au détriment des populations. De nombreuses preuves sont apportées à ce propos, y compris des exemples français, mais je choisis de vous en extraire une en particulier ici, en lien avec &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Faillite_de_FTX&quot;&gt;le scandale FTX&lt;/a&gt; : &lt;q&gt;Le 11 novembre, FTX se place sous le régime de la protection des faillites auprès d'un tribunal du Delaware. Une nouvelle fois une société du marché des crypto-actifs dont la raison d'être était de contourner les lois fédérales en appelle à l'État, et donc à l'argent des contribuables, pour amortir les dégâts causés par sa gestion déplorable.&lt;/q&gt;. Dont acte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le troisième chapitre poursuit sur les arnaques, mais dans un sens tout à fait direct cette fois, en démontrant petit à petit, à l'appui notamment des travaux de &lt;a href=&quot;https://davidgerard.co.uk/&quot;&gt;David Gerard&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://amycastor.com/&quot;&gt;Amy Castor&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&quot;https://www.stephendiehl.com/&quot;&gt;Stephen Diehl&lt;/a&gt; que je recommande au passage, qu'en plus de n'avoir qu'une valeur marchande (par opposition à une &lt;em&gt;valeur d'usage&lt;/em&gt;), cette valeur marchande n'est qu'une pure valeur &lt;em&gt;d'échange&lt;/em&gt; (par opposition à une &lt;em&gt;valeur économique&lt;/em&gt;) : la seule valeur des crypto-actifs, c'est “à combien le pigeon suivant va bien vouloir l'acheter ?”, un concept habilement nommé “&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_plus_grand_fou&quot;&gt;&lt;em&gt;Greater Fool Theory&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;”. C'est ainsi que, à l'opposé du discours anti-inflationniste porté par les crypto-adeptes, le marché des crypto-actifs est artificiellement gonflé par ses plus gros investisseurs&lt;sup data-footnote-id=&quot;xfzvb&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji#footnote-2&quot; id=&quot;footnote-marker-2-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; pour attirer le chaland. Ces mêmes investisseurs inondent en même temps et avec le même objectif des startups aux projets pourtant complètement creux mais qui alimentent la hype médiatique autour de concepts vides comme le “web3”, qui à leur tour ont recours aux services de certains influenceurs sans scrupules…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le quatrième chapitre s'attaque à l'épineuse et cruciale question écologique. Malgré l'évidence de l'hyper-consommation énergétique des blockchains à preuve de travail&lt;sup data-footnote-id=&quot;a2zju&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji#footnote-3&quot; id=&quot;footnote-marker-3-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, les crypto-adeptes répondent régulièrement à la question en citant ce qu'ils pensent être des contre-exemples suffisants pour nier le problème, comme l'installation de l'entreprise de minage Riot Platforms à Corsicana au Texas censée permettre la stabilisation de la grille électrique par absorption du surplus de production, ou encore l'histoire du Parc national de Virunga au Congo sauvé par des profits générés en minant des bitcoins. Sources à l'appui, ces exemples sont systématiquement démontés par l'autrice, qui donne à travers son texte la parole aux spécialistes universitaires comme aux oppositions locales, et rappelle au passage les scandales presque systématiquement cachés derrières ces situations. Typiquement, les sommes colossales (qui se chiffrent en centaines de million de dollars) que les contribuables texans vont payer à leur insu pour défrayer les (supposés) &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Effacement_de_consommation_%C3%A9lectrique?useskin=vector&quot;&gt;effacements&lt;/a&gt; des mineurs du réseaux électriques lors des pics de demandes. Ou encore, les installations de fermes de minage au&amp;nbsp;Kazakhstan au détriment des populations qui subissent à la fois, en raison de la demande importante que les mineurs font peser sur le réseau électrique, de nombreuses coupures de courant et une augmentation des tarifs de l'énergie. Je vais m'arrêter là, mais le chapitre est dense.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le cinquième chapitre est tout aussi fourni que le précédent. Il est cette fois question de l'inclusion prédatrice, c'est-à-dire de la façon dont des narratifs d'inclusivités sont utilisés pour attirer des communautés opprimées, que ce soit les femmes, les LGBTI, ou les racisé·es dans les pays du nord (ici l'autrice s'appuie entre autres sur les travaux de l'excellente &lt;a href=&quot;https://www.mollywhite.net/&quot;&gt;Molly White&lt;/a&gt;), ou les pays du sud dans leur ensemble. Il y est évidemment longuement question du Salvador et de son président-dictateur fou de Bitcoin qui transforme son pays en cobaye au service d'une élite financière essentiellement états-unienne, et qui insiste et poursuit l'expérimentation malgré un échec manifeste et le rejet par sa population. Il y est aussi question plus largement de l'Amérique latine et du continent africain. De nouveau, la parole est donnée à des spécialistes universitaires pour expliquer les mécaniques de prédation à l'œuvre et décrire leurs effets nécessairement néfastes puisqu'il s'agit finalement de mettre plus de ce qui pose l'essentiel des problèmes en premiers lieux : la spéculation sauvage, les marchés dérégulés, la financiarisation capitaliste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour finir, le sixième chapitre est en quelques sortes une forme condensée et mise à jour du livre de 2016 de &lt;a href=&quot;http://www.uncomputing.org/&quot;&gt;David Golumbia&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;&lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/07/The-Politics-of-Bitcoin&quot;&gt;The Politics of Bitcoin&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. Les liens entre l'industrie des cryptos-actifs et l'&lt;em&gt;alt-right&lt;/em&gt; américaine, mais aussi l'extrême droite française, y sont démontrés : &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/Vocabulaire-miner-minage-blockchain&quot;&gt;mythes économiques communs&lt;/a&gt;, mêmes individus impliqués, etc. Il y est rappelé que loin d'être des technologies neutres, les blockchains et les crypto-actifs sont des chevaux de Troie pour la pensée réactionnaire.&amp;nbsp;L'autrice met d'ailleurs en garde ses lecteurs et lectrices au sujet de ce qui risque de pousser sur les cendres du monde des crypto-actifs quand celui-ci finira inévitablement par s'effondrer sur lui-même. Les crises économiques du capitalisme financier et leurs conséquences inégalitaires sur les populations sont un terreau fertile pour les théories économiques complotistes profitant du même élan à l'extrême droite et aux idéologies réactionnaires pro-cryptos. En installant dans le débat une fausse dichotomie entre d'un côté un État-Léviathan autoritaire et de l'autre l'idée d'une société ouverte, libre, et décentralisée qui reposerait sur un sacro-saint et tout puissant marché, le discours des crypto-adeptes efface complètement le fait que la seule chose qu'ils proposent concrètement est de soustraire les puissants du contrôle collectif potentiellement permis par l'État. Comme le propose l'autrice, on peut effectivement résumer la thèse démontrée dans ce chapitre en une phrase de Yanis Varoufakis, qu'elle traduit en français : &lt;q&gt;Le système économique mondial actuel est oligarchique, opportuniste, irrationnel et inhumain, mais l'essor des cryptos ne le rendra que plus oligarchique, plus opportuniste, plus irrationnel et plus inhumain.&lt;/q&gt;&lt;sup data-footnote-id=&quot;95714&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji#footnote-4&quot; id=&quot;footnote-marker-4-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;span id=&quot;no-crypto_fausse-dichotomie&quot;&gt;Malgré cela,&lt;/span&gt; si je devais avoir un reproche à faire à l'ouvrage ce serait de bien trop laisser les mots « anarchie », « anarchisme », « anarchiste », et même « libertaire » au camp de ceux qui n'y voient que l'anti-étatisme et la liberté individuelle absolue, sans aucune des notions de socialisation, de libertés &lt;em&gt;collectives&lt;/em&gt;, et d'autogestion que ces termes devraient pourtant porter avec force. J'aurais aimé par exemple que lorsque l'autrice cite Tim May, a minima une note de bas de page remette en question cette appropriation malpropre de l'anarchisme par un libertarien, pour ne parler que d'une des premières fois où ce souci apparaît dans l'ouvrage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut reconnaître à l'autrice que, contrairement à la plupart des travaux critiques sur les crypto-actifs, elle dit explicitement que la dichotomie présentée dans le discours des crypto-adeptes est une &lt;q&gt;alternative simplificatrice&lt;/q&gt; qui sert à&amp;nbsp;&lt;q&gt;éluder le fait que l'on peut tout à la fois critiquer la coercition organisée par les états et l'industrie des cryptos, dans un même mouvement de prise de recul&lt;/q&gt;. Cependant, j'irais plus loin, en affirmant que la prise de recul peut aller jusqu'à soumettre à une critique radicale autant l'État lui-même que le marché, dont l'industrie des crypto-actifs n'est finalement qu'une partie. Il me semble qu'un tel rappel est d'autant plus important qu'il est rare, et que l'oublier contribue à invisibiliser des familles politiques qui, bien que petites en terme de taille, sont d'une importance essentielle dans les mouvements sociaux tant historiquement que dans l'actualité. Je pense notamment à l'ensemble des courants anti-autoritaires du mouvement ouvrier, souvent oubliées des programmes d'histoire, tels que le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Communisme_libertaire&quot;&gt;communisme libertaire&lt;/a&gt;, le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Marxisme_libertaire&quot;&gt;marxisme libertaire&lt;/a&gt;, le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Socialisme_libertaire&quot;&gt;socialisme libertaire&lt;/a&gt;, l'&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Anarcho-syndicalisme&quot;&gt;anarcho-syndicalisme&lt;/a&gt;, ou bien sûr le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndicalisme_r%C3%A9volutionnaire&quot;&gt;syndicalisme révolutionnaire&lt;/a&gt;. Aucune de ces familles politiques n'a quoi que ce soit à voir avec le libertarianisme des crypto-adeptes qui revendiquent les termes « anarchiste » et « libertaire », sans pour autant qu'aucune d'entre elles ne soit favorable ni à l'État ni à la dérégulation totale conduisant à la loi du plus fort, contrairement aux libertariens. Elles n'ont d'autant plus rien à voir qu'en pratique les libertariens ne sont absolument pas anti-système puisqu'au fond, ce qu'ils veulent, c'est toujours plus de capitalisme et de marché (i.e., du système), et qu'en plus il est aujourd'hui évident que ces structures ne subsistent pas d'elles-mêmes et nécessitent du coup sans arrêt d'être sauvées ou cadrées, sous perfusion d'argent public via des états capitalistes forts ou autoritaires dont les libertariens s'accommodent donc parfaitement (on a vu l'exemple du Salvador sur lequel les crypto-adeptes ne tarissent pas d'éloges).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans son livre, Nastasia Hadjadji montre suffisamment les accointances des états capitalistes avec l'industrie des crypto-actifs au même titre qu'avec le reste de la finance dont cette industrie ne se démarque finalement pas vraiment, si ce n'est en poussant à leur paroxysme ses concepts les plus pernicieux. Ce travail est remarquablement mené par l'autrice. J'aurais apprécié que la logique du raisonnement soit poussée plus loin, jusqu'à affirmer qu'une émancipation réelle ne sera pas permise sans se défaire pour de bon de toutes formes d'autorités imposées, que ce soit donc par un état ou par une puissance privée à travers un marché. S'émanciper signifie se défaire de &lt;em&gt;tout&lt;/em&gt; asservissement, quel qu'il soit. Refuser le monde ultra-individualiste de compétition sauvage promis par les technologies basées sur des blockchains ne veut certainement pas dire faire l'apologie du système bancaire capitaliste, soit ; mais il faudrait à mon avis qu'il soit tout aussi clair que ça ne veut certainement pas dire non plus faire l'apologie de l'État. Tout comme il existe d'autres modes d'organisation de la production que le marché capitaliste, il existe d'autres modes d'organisation collective de la vie publique que l'État-nation. Bon, mais au point où on en est actuellement, j'avoue que c'est presque du pinaillage…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, &lt;a href=&quot;https://www.editionsdivergences.com/livre/no-crypto-ideologie-et-populisme-au-royaume-des-cryptomonnaies&quot;&gt;&lt;em&gt;No Crypto&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Nastasia Hadjadji sort ce vendredi, le 26 mai, et j'en recommande fortement la lecture ! Vous savez désormais quoi faire ce week-end, et ça commence par un petit tour chez votre libraire ☺.&lt;/p&gt;

&lt;section class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;header&gt;
&lt;h3&gt;Notes&lt;/h3&gt;
&lt;/header&gt;

&lt;ol&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;xfvqb&quot; id=&quot;footnote-1&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji#footnote-marker-1-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Je reprends dans ce billet le terme “crypto-adeptes” utilisé dans l'ouvrage de Nastasia Hadjadji, mais je conserve par ailleurs l'usage du mot-valise de mon invention “&lt;em&gt;cryptocards&lt;/em&gt;”, que j'essaye tant bien que mal de populariser.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;xfzvb&quot; id=&quot;footnote-2&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji#footnote-marker-2-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Ces gros investisseurs sont tous d'importants fonds d'investissement et capital-risqueurs faisant systématiquement partis de la finance traditionnelle pourtant décriée par les discours pro-cryptos…&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;a2zju&quot; id=&quot;footnote-3&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji#footnote-marker-3-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Je note ici que j'ai déjà expliqué dans mon billet “&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/02/Le-cout-d-une-blockchain&quot;&gt;Le coût d'une blockchain&lt;/a&gt;” qu'indépendamment du mécanisme de consensus utilisé par une blockchain, pour des questions d'efficience le coût de celle-ci n'est jamais &lt;em&gt;à la place&lt;/em&gt; mais toujours &lt;em&gt;en plus&lt;/em&gt; de l'alternative.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;95714&quot; id=&quot;footnote-4&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji#footnote-marker-4-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;« &lt;em&gt;Within our present oligarchic, exploitative, irrational, and inhuman world system, the rise of crypto applications will only make our society more oligarchic, more exploitative, more irrational, and more inhuman.&lt;/em&gt; », Yanis Varoufakis dans &lt;a href=&quot;https://the-crypto-syllabus.com/yanis-varoufakis-on-techno-feudalism/&quot;&gt;« Crypto &amp;amp; the Left, and Techno-Feudalism », The Crypto Syllabus&lt;/a&gt;.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/section&gt;</description>
        
              </item>
          <item>
        <title>Lecture : “Au-delà du Bitcoin” (prologue)</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2022/10/Critique-Au-dela-du-Bitcoin</link>
        <guid isPermaLink="false">urn:md5:ae790f9522b69411a2b757f3b699a2a8</guid>
        <pubDate>Sat, 08 Oct 2022 13:12:00 +0200</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>blockchain</category>
                  <category>critique</category>
                  <category>lecture</category>
                <description>          &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/au-dela-du-bitcoin.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0px 0px 1em 1em; width: 300px;&quot; /&gt;Ce billet est une critique de certaines des thèses défendues dans le livre &lt;em&gt;Au-delà du Bitcoin&lt;/em&gt; de Jean-Paul Delahaye. Ces thèses sont présentées dans le prologue de l'ouvrage, et sont détaillées ensuite dans les chapitres de l'ouvrage. Je ne critique donc pas ici directement l'ouvrage, que je ne me suis pas procuré, mais bien les thèses qui y sont défendues d'après son &lt;a href=&quot;https://www.dunod.com/sites/default/files/atoms/files/Feuilletage_2536.pdf&quot;&gt;prologue&lt;/a&gt;, disponible publiquement sur le site de l'éditeur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commençons par une première mise au point : bien qu'il fasse manifestement parti du &lt;em&gt;clan des allumés de la blockchain&lt;/em&gt; de l'Université de Lille (comme je les appelle), il ne fait aucun doute que l'auteur du livre est &lt;em&gt;techniquement&lt;/em&gt; compétent, ce qui, quand on parle de blockchain, sort déjà de &lt;a href=&quot;https://pablo.rauzy.name/research.html#blanchard2022critique&quot;&gt;l'ordinaire&lt;/a&gt;. En revanche, il semble manquer, comme c'est trop souvent le cas dans les disciplines universitaires de haute technicité, de recul politique et critique sur la technique. Je vais essayer d'expliquer ici ce qui me pousse à penser cela.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout d'abord, l'auteur le dit lui-même. Dans le prologue, avant de présenter les huit thèses défendues dans le livre, il raconte brièvement l'évolution de son rapport personnel avec Bitcoin et les blockchains : d'abord très enthousiaste de Bitcoin, il a fini par en voir certaines limites (une prise de conscience qui a démarré par des questionnements écologiques) au point de le qualifier de &lt;q&gt;Minitel des cryptomonnaies&lt;/q&gt; et sa blockchain d'&lt;q&gt;ancêtre devenu Diplodocus&lt;/q&gt; par comparaison avec d'autres blockchains qui auraient selon lui &lt;q&gt;repris certains de ses principes généraux, tout en corrigeant ses défauts et surpassant ses capacités&lt;/q&gt;. Cette entrée en matière se termine par un avertissement : &lt;q&gt;Le but de cet ouvrage est donc de donner autant que possible une présentation du domaine &lt;u&gt;libérée de tout intérêt autre que technique et scientifique&lt;/u&gt;.&lt;/q&gt;. On comprend bien à la lecture que les autres intérêts auxquels l'auteur fait référence sont essentiellement les intérêts financiers/économiques des défenseurs habituels des “cryptomonnaies” (ou pire, des maximalistes Bitcoin). Le hic, à mon sens, c'est que se borner à la technique (et à la science, mais le sens de ce mot n'est pas entièrement clair), en particulier quand on parle d'une technologie censée avoir un impact sur le monde réel, c'est déjà un choix politique, qui plus est problématique. D'autant que ça influence, à la baisse, le recul (et donc la compréhension) qu'on peut avoir de ladite technologie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La première thèse&lt;/strong&gt; est que &lt;q&gt;les blockchains permettent la circulation d’objets numériques dont ils empêchent la duplication, et auxquels on peut ainsi attribuer une valeur&lt;/q&gt;. En dehors des considérations techniques sur la notion de duplication (dont je n'ai aucun doute que l'auteur maîtrise les subtilités, que j'espère qu'il détaille dans les chapitres du livre), une telle affirmation sort à mon sens déjà du cadre de neutralité posé seulement quelques lignes plus haut dans le texte. Il est ici affirmé que la rareté (artificiellement créée par la blockchain) est ce qui permet d'attribuer une valeur à un objet numérique. C'est une interprétation tout à fait orientée politiquement de la notion de valeur, même en se limitant, comme c'est implicitement fait ici, à la notion de valeur &lt;em&gt;marchande&lt;/em&gt;. Il existe des tas de contre-exemples d'objets numériques ayant une valeur (y compris marchande, pour le coup) sans pour autant que leur duplication soit empêchée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'auteur affirme ensuite que &lt;q&gt;Un argent liquide numérique, indépendant de tout tiers de confiance (chose inconcevable auparavant), est devenu possible.&lt;/q&gt;. Je ne suis pas du tout d'accord pour dire que les blockchains permettent l'existence d'&lt;em&gt;argent liquide&lt;/em&gt; numérique. Déjà, il faudrait prendre le temps de discuter de ce qu'on accepte ou non d'appeler de l'argent (et il est tout à fait discutable que les crypto-actifs dont il est question ici puissent être considérés comme de l'argent). Ensuite, je soutiens qu'il est inapproprié de parler de liquide : une des propriétés &lt;em&gt;fondamentales&lt;/em&gt; de l'argent liquide est la possibilité de l'utiliser pour réaliser des transactions entièrement décentralisées, de pair-à-pair, et même hors-ligne (au sens de n'avoir besoin d'impliquer absolument personne d'autre que les deux parties de la transaction). Ce n'est absolument pas le cas des transactions qui ont lieu sur une blockchain, qui ne sont que des jeux d'écriture, à l'instar de virements bancaires entre comptes au sein d'une même banque. Je parlais déjà de cet aspect centralisé des blockchains dans &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/01/Vocabulaire-%3A-portefeuille&quot;&gt;mon billet sur le terme “portefeuille”&lt;/a&gt;. Enfin, concernant l'indépendance à tout tiers de confiance, c'est à nouveau une affirmation assez teintée idéologiquement : la désirabilité comme la possibilité de l'absence de confiance concernant une chose se voulant une monnaie est largement discutable. Au sujet de l'absence de confiance, il faut également se rappeler que le fonctionnement d'une blockchain est intrinsèquement contradictoire à ce niveau là, comme je le soulignais dans mon billet intitulé “&lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/02/Le-probleme-resolu-par-la-blockchain-n-existe-pas&quot;&gt;le problème résolu par la blockchain n'existe pas&lt;/a&gt;”.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La troisième thèse&lt;/strong&gt; concerne la &lt;q&gt;confiance&lt;/q&gt; qui serait créée par la blockchain, qui, de par la surveillance mutuelle et décentralisée permise par la redondance de l'information, s'affranchirait d'autorité de contrôle ou de tiers de confiance. Il me semble très questionnable de parler de &lt;em&gt;confiance&lt;/em&gt; ici. C'est justement d'absence totale de confiance dont il est question. L'idéologie derrière la technologie des blockchains est celle de la défiance généralisée, il s'agit de la mise en œuvre technique d'un &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Panoptique&quot;&gt;panoptique&lt;/a&gt; surpuissant (regardant effectivement partout à la fois) et décentralisé, où chacun·e est à la fois le centre qui surveille et dans une des cellules surveillées par tou·tes les autres. S'affranchir de tiers de confiance, moui (en quelques sortes, avec de grosses limites qu'on verra plus bas), mais justement parce que tout le monde doit devenir une autorité de contrôle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La quatrième thèse&lt;/strong&gt; concerne &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/01/La-n%C3%A9cessit%C3%A9-de-la-preuve-de-travail-%28ou-d-enjeu%29&quot;&gt;le mécanisme de consensus&lt;/a&gt;, et affirme que la &lt;em&gt;preuve de travail&lt;/em&gt; n'est en rien une nécessité (&lt;q&gt;Aucune dépense électrique importante n'est nécessaire pour assurer le bon fonctionnement d'une blockchain&lt;/q&gt;). Il faudrait ici voir quelles sortes de pincettes sont prises pour parler des autres mécanismes de consensus (vraisemblablement, la &lt;em&gt;preuve d'enjeu&lt;/em&gt;) dans les chapitres de l'ouvrage, mais il est important de noter que jusqu'à présent, aucun mécanisme de consensus n'arrive à être aussi sécurisé que la preuve de travail sans outrepasser soit la décentralisation soit la défiance généralisée qui rendent nécessaires en premier lieu le recours à une blockchain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sixième thèse&lt;/strong&gt; concerne l'anonymat des transactions sur une blockchain. Après avoir expliqué à juste titre l'importance de l'anonymat des petites transactions de la vie de tous les jours, mis à mal par les paiements sans contacts (par carte bancaire, et donc non-anonyme) qui réduisent le recours à l'argent liquide, l'auteur affirme que &lt;q&gt;La solution se trouve dans les cryptomonnaies, qui réconcilient paiements électroniques faciles, sécurité et anonymat, en rendant possible l’existence d’un argent liquide numérique, protecteur de la vie privée. C’est l’un des intérêts majeurs de la technologie des blockchains.&lt;/q&gt;. Bon, là, c'est faux, et pas qu'un peu. C'est même carrément n'importe quoi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour commencer, parler de “paiements électroniques &lt;em&gt;faciles&lt;/em&gt;” est audacieux. L'utilisation de ces technologies nécessite que chaque utilisateurice soit en mesure de gérer correctement une clef cryptographique privée. C'est tout sauf facile. C'est même tellement compliqué que la plupart des expert·es en sécurité ne considèrent pas cette exigence comme raisonnable. Les seules façons de rendre ce genre de choses utilisables par des vrai·es gens est de déléguer au moins en partie cette gestion à des tiers… de confiance. Ce qui remet entièrement en cause le recours à une blockchain en premier lieu. C'est d'ailleurs de cette façon absurde que l'écrasante majorité des transactions sur les blockchains ont lieu, sur des plateformes de spéculation qui offrent des services de “portefeuilles hébergés” (c'est à dire qui ont le contrôle la clef privée de leurs utilisateurices).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ensuite, la “sécurité” dont il est question reste à définir. Par exemple, je ne vois pas bien quelle sécurité il y a à perdre tout son argent sans aucune possibilité de le récupérer suite à une petite erreur de manipulation (perdre sa clef privée) ou à un vol (de l'appareil qui contient sa clef privée) par exemple. On voit bien ici les limites du prisme technique, qui aveugle sur les besoins concrets en terme de sécurité : des garanties réglementaires protégeant les plus fragiles et dont on peut imposer le respect aux plus gros (c'est à dire tout l'inverse de &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/07/The-Politics-of-Bitcoin&quot;&gt;l'idéologie derrière les blockchains&lt;/a&gt;…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant l'anonymat, s'il existe effectivement des blockchains qui permettent d'effectuer des transactions anonymement, cela rajoute systématiquement de la complexité, de la latence, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De nouveau, il ne s'agit pas d'argent liquide numérique, c'est une très mauvaise analogie qui induit en erreur. J'ai expliqué plus haut pourquoi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, affirmer que tout ça est l'un des “intérêts majeurs” des blockchains alors que non seulement une blockchain n'est absolument pas nécessaire à la mise en œuvre d'un système de transactions numérique garantissant l'anonymat, mais qu'en plus cette technologie est fondamentalement incapable de permettre un système de transactions réellement décentralisées à l'instar de l'argent liquide, c'est fort de café. L'auteur devrait sûrement se renseigner un peu sur &lt;a href=&quot;https://taler.net/&quot;&gt;GNU Taler&lt;/a&gt;, une technologie qui, elle, permet effectivement de mettre tout ça en œuvre, et qui &lt;em&gt;ne repose pas sur une blockchain&lt;/em&gt;. Si Taler permet de faire tout ça, c'est en partie parce qu'elle n'est pas issue des mêmes &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/07/The-Politics-of-Bitcoin&quot;&gt;idéaux politiques&lt;/a&gt; que la technologie de la blockchain (ce qui fait qu'en particulier Taler n'essaie pas d'être tout à la fois le système de transaction et la monnaie, par exemple).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Toujours dans la sixième thèse, l'auteur se perd ensuite dans des considérations sur les conséquences du droit à l'anonymat et en arrive à proposer le seuil semi-arbitraire de 1000€. En dessous on serait anonyme, au dessus on ne le serait plus. De son côté, Taler garantie la vie privée des acheteurs tout en permettant l'auditabilité des transactions agrégées des vendeurs ; ce qui permet, sans remettre en question la vie privée des personnes, la taxation des transactions… Eh oui, c'est une vraie question, mais qu'on oublie vite en choisissant de se borner à la technique, et en oubliant les questions politiques directement liées à ce types de technologies. &lt;mark&gt;C'est exactement à cause de ce type d'aveuglement que la technologie de la blockchain, aussi inutile soit elle techniquement, réussie à tout de même être le véhicule de propagation et de normalisation d'idéologies libertariennes penchant vers l'extrême droite.&lt;/mark&gt; En tant que scientifique, il indispensable d'avoir ce recul, la technologie n'est pas neutre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La septième thèse&lt;/strong&gt; concerne les smart-contracts. La rédaction du paragraphe laisse penser que l'auteur a là aussi une vision purement technique, et du coup naïve, du sujet. Cependant, il faudrait lire les chapitres concernés pour voir si il n'y a effectivement aucune remise en question de la technologie. Je suppose (j'ose espérer) qu'a minima l'auteur y formule des critiques sur les aspects techniques : puissance de calcul absolument ridicule par rapport au coût, impossibilité de corriger les failles et bugs, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce paragraphe termine par l'affirmation que &lt;q&gt;Les innovations rendues possibles [par les smart-contracts] sont la raison principale qui amène les banques centrales à étudier, et peut-être un jour à émettre, leurs propres cryptomonnaies... ou quelque chose qui y ressemble un peu.&lt;/q&gt;. Je ne sais pas si il est raisonnable d'affirmer que c'est la raison principale qui conduit les banques centrales à s'intéresser à l'émission de monnaie numérique, mais ce que je sais, c'est qu'il faut espérer très fort que ce ne seront pas des “cryptomonnaies”, ni même &lt;q&gt;quelque chose qui y ressemble un peu&lt;/q&gt; (voir l'article “&lt;a href=&quot;https://taler.net/fr/news/2021-07.html&quot;&gt;Comment émettre une monnaie numérique de banque centrale&lt;/a&gt;”).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La huitième thèse&lt;/strong&gt;, qui semble servir de conclusion et d'ouverture à l'ouvrage, est probablement la plus fausse. L'auteur écrit que &lt;q&gt;Les blockchains permettent également la manipulation et la sécurisation d’informations non nécessairement liées à des jetons ayant une valeur.&lt;/q&gt; puis liste les exemples habituels (et toujours aussi bidons) : &lt;q&gt;le traçage de produits de consommation, d’œuvres d’art, de containers maritimes, de métaux et d’objets précieux, ou simplement leur horodatage&lt;/q&gt;. Autant de choses que les blockchains ne permettent absolument pas d'améliorer en réalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour comprendre cela il faudrait avoir compris en quoi la troisième thèse, citée plus haut, est absolument bancale. &lt;strong&gt;&lt;mark&gt;Non, l'utilisation d'une blockchain ne crée pas de confiance.&lt;/mark&gt;&lt;/strong&gt; Ça fonctionne pour les “cryptomonnaies” parce que dans leur cas, l'écriture dans leur blockchain est &lt;em&gt;performative&lt;/em&gt;, mais c'est bien la seule utilisation possible de cette technologie (possible… et nécessaire ! cf mon billet “&lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/02/Cryptomonnaie-blockchain-un-serpent-qui-se-mord-la-queue&quot;&gt;un serpent qui se mort la queue&lt;/a&gt;”). En vérité, &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2021/06/La-v%C3%A9rit%C3%A9-sur-la-blockchain&quot;&gt;l'écriture d'une information dans une blockchain ne garantie rien d'autre que l'information en question est écrite sur la blockchain en question&lt;/a&gt;, et en particulier ça ne garantie rien dans le monde réel, pas plus que l'écriture dans une base de données ou sur une feuille de papier. L'utilisation d'une blockchain pour résoudre des questions de traçabilité ou de certification n'a donc absolument aucun sens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir&lt;/strong&gt;, si un jour j'en trouve le temps et la motivation, j'essayerai de lire plus en détails ce livre et de mettre à jour ce billet. D'ici là, si quelqu'un·e qui l'a lu souhaite apporter des précisions, en particulier si la lecture des chapitres permet d'infirmer ou même de mitiger certaines des critiques que je formule ici, n'hésitez surtout pas à m'en avertir ☺.&lt;/p&gt;</description>
        
              </item>
          <item>
        <title>Lecture : “The Politics of Bitcoin”</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2022/07/The-Politics-of-Bitcoin</link>
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        <pubDate>Sun, 24 Jul 2022 13:12:00 +0200</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>blockchain</category>
                  <category>lecture</category>
                <description>          &lt;p&gt;J'ai récemment terminé de lire le livre de &lt;a href=&quot;https://www.uncomputing.org/&quot;&gt;David Golumbia&lt;/a&gt; intitulé &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.upress.umn.edu/book-division/books/the-politics-of-bitcoin&quot;&gt;The Politics of Bitcoin: Software as Right-Wing Extremism&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. C'était une excellente lecture que je recommande fortement à toute personne souhaitant s'intéresser sérieusement aux blockchains. Il a d'ailleurs immédiatement rejoint la &lt;a href=&quot;https://pablo.rauzy.name/miscellaneous.html#books&quot;&gt;liste de mes recommandations de livres&lt;/a&gt; sur mon site web.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/the-politics-of-bitcoin.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0px 0px 1em 1em; width: 300px;&quot; /&gt;En six chapitres, l'auteur démontre parfaitement à quel point le sous-titre de son livre est justifié. Il commence par expliquer les liens entre une culture historiquement hégémonique sur les Internets, le cyber-libertarianisme, et certains idéaux politiques de droite et d'extrême droite. Il explique en quoi cette idéologie individualiste pousse depuis un certain temps à la volonté de création d'une monnaie alternative puis comment, en se mêlant à des théories complotistes (elles aussi portées par l'extrême droite) concernant notamment les banques centrales et renforcées par la crise économique de 2008, cela a aboutit à la création puis au succès (relatif) de Bitcoin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il démontre ensuite assez rigoureusement en quoi ces racines idéologiques et complotistes sont gravées dans Bitcoin et dans la technologie de la blockchain qui le sous-tend, et comment cela impact tout l'écosystème qui va autour, jusqu'à la forme que prennent les arguments des défenseurs de ces technologies — typiquement, le fait d'interpréter deux évènements pourtant contraires (par exemple le court du Bitcoin qui monte ou qui baisse) comme des indicateurs de l'inévitable succès à venir, même quand il y a des preuves du contraire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au passage l'auteur prend le temps de donner quelques explications techniques, sur Bitcoin lui même comme sur l'économie et la finance (l'inflation, le rôle des banques centrales, la nature de la monnaie, etc.) pour mieux démonter les théories conspirationnistes, et tout cela est systématiquement fait sources et citations à l'appui. En particulier, il explique très bien la différence entre une &lt;em&gt;devise&lt;/em&gt; (“&lt;em&gt;currency&lt;/em&gt;”) et une &lt;em&gt;monnaie&lt;/em&gt; (“&lt;em&gt;money&lt;/em&gt;”) et comment la confusion entre les deux est constamment utilisée par les défenseurs des « cryptomonnaies ». Une monnaie doit avoir trois fonctions : intermédiaire d'échange, réserve de valeur, et unité de compte ; et l'auteur montre sans difficulté que non seulement les crypto-actifs (terme qu'il faut préférer à celui de « cryptomonnaies ») ne peuvent remplir que la première de ces fonctions, mais qu'en vérité plus ou moins n'importe quoi peut remplir cette fonction…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De façon intéressante, l'auteur fait aussi remarquer que, si sur les plans économique et technique les blockchains n'ont aucune utilité et aucun avenir, sur le plan politique, elles servent de porte d'entrée et de porte-voix à des idées qui, avant l'arrivée de Bitcoin, étaient assez universellement perçues comme d'extrême droite et de droite libertarienne. Il expose ainsi comment les discours, et même le vocabulaire, issus de ces tendances politiques sont généralisés autour des blockchains. Par exemple, le fait que soit résumé à « liberté » ce qui est en fait « l'absence de régulation par une entité démocratique », ou encore qu'il soit question de « limiter le pouvoir » seulement quand il s'agit de celui du gouvernement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout au long du livre, et c'est de nouveau le message qu'il utilisera en guise de conclusion, l'auteur met en garde contre les tentations que pourraient avoir les personnes de gauche de détourner les blockchains à leur avantage : cela ne fonctionnera pas, car cette technologie est structurellement opposée à leur valeur. Au contraire, &lt;q&gt;ce qu'il faut pour combattre [le pouvoir en place], ce n'est pas plus de guerres entre des plateformes algorithmiques et des individus qui se considèrent au-dessus de la politique, mais une réaffirmation du pouvoir politique, ce que la blockchain est spécifiquement conçue pour démanteler&lt;/q&gt;&lt;sup data-footnote-id=&quot;ghq99&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/07/The-Politics-of-Bitcoin#footnote-1&quot; id=&quot;footnote-marker-1-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, je ne détaille pas plus et ne vous raconte pas tout : lecture recommandée ! Le bouquin n'est pas cher, et pour celles et ceux qui sont vraiment fauché·es, il se trouve assez facilement sur le web…&lt;/p&gt;

&lt;section class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;header&gt;
&lt;h3&gt;Note&lt;/h3&gt;
&lt;/header&gt;

&lt;ol&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;ghq99&quot; id=&quot;footnote-1&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/07/The-Politics-of-Bitcoin#footnote-marker-1-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;C'est la dernière phrase du livre, en anglais dans le text : “&lt;em&gt;What is required to combat that power is not more wars between algorithmic platforms and individuals who see themselves as above politics, but a reassertion of the political power that the blockchain is specifically constructed to dismantle.&lt;/em&gt;”.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/section&gt;</description>
        
              </item>
          <item>
        <title>Lecture : “Pirates de tous les pays”</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2022/01/Pirates-de-tous-les-pays</link>
        <guid isPermaLink="false">urn:md5:ee64ba27592aa642e397a2942043e2c5</guid>
        <pubDate>Sun, 23 Jan 2022 01:23:00 +0100</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>lecture</category>
                <description>          &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color:#7f8c8d;&quot;&gt;Un très court billet juste pour tenter de vous donner envie de lire un de &lt;a href=&quot;https://pablo.rauzy.name/miscellaneous.html#books&quot;&gt;mes bouquins préférés&lt;/a&gt;, à la façon d'une courte recommandation de presse :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/pdtlp.webp&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt; Vous avez en tête cette image d’un pirate avec une jambe de bois et un crochet à la place d’une main, et pourtant de personne d’autre dans cet état à la même époque ? C’est normal : au début du 18ème siècle, la norme, c’était plutôt de ne pas survivre à ce type d’accident… Sauf que les pirates, ils avaient déjà inventé la Sécu !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&quot;https://librairielibertalia.com/web/pirates-de-tous-les-pays.html&quot;&gt;&lt;em&gt;Pirates de tous les pays&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, Marcus Rediker nous fait partir à la découverte des légendes, des idéaux, et surtout des pratiques concrètes des équipages pirates, qui comptent parmi les premières sociétés organisées anti-étatistes, internationalistes, égalitaires, anti-autoritaires, et autogestionnaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce voyage dans l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716–1726) est d’autant plus appréciable que le livre réussit à avoir la rigueur d’un travail universitaire (grâce aux journaux de bord et aux minutes de procès en particulier, tout est sourcé !), tout en restant très accessible au grand public. Un avantage conservé dans la très bonne traduction française proposée ici par les éditions Libertalia.&lt;/p&gt;</description>
        
              </item>
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