<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://p4bl0.net/feed/rss2/xslt" ?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
  <channel>
    <title>Pavillon rouge et noir - Mot-clé - réseau</title>
    <link>https://p4bl0.net/</link>
    <atom:link href="https://p4bl0.net/feed/tag/r%C3%A9seau/rss2" rel="self" type="application/rss+xml" />
    <description>Pavillon rouge et noir, le blog de Pablo Rauzy</description>
    <language>fr</language>
    <pubDate>Sun, 14 Jun 2026 13:23:40 +0200</pubDate>
    <copyright></copyright>
    <docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>
    <generator>Dotclear</generator>
          <item>
        <title>Consommer et produire : l'essence de la prison numérique</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique</link>
        <guid isPermaLink="false">urn:md5:8e1dae34ef8aed91f5a5452d2d37ead4</guid>
        <pubDate>Mon, 05 Jan 2026 13:12:00 +0100</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>librisme</category>
                  <category>politique</category>
                  <category>réseau</category>
                <description>          &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je reproduis ci-dessous un article intitulé “&lt;a href=&quot;https://www.contretemps.eu/consommer-produire-essence-prison-numerique/&quot;&gt;Consommer et produire : l'essence de la prison numérique&lt;/a&gt;” que j'ai initialement soumis à la revue &lt;a href=&quot;https://www.contretemps.eu/&quot;&gt;&lt;em&gt;Contretemps&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; qui l'a fait paraître le 2 janvier. La version ci-dessous a été légèrement remaniée / mise à jour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;En août 2025, Evgeny Morozov publiait un &lt;a href=&quot;https://www.monde-diplomatique.fr/2025/08/MOROZOV/68672&quot;&gt;article de controverse sur la notion de «&amp;nbsp;techno-féodalisme&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, qu’il dénonce, dans &lt;em&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/em&gt;. Dans son article, il s’en prend de façon assez virulente au concept en attaquant principalement les travaux de Yanis Varoufakis, mais aussi ceux de Shoshana Zuboff, qui a introduit la notion de «&amp;nbsp;capitalisme de surveillance&amp;nbsp;». Sa démonstration du fait que les Big Tech ne pratiquent en fait qu’un capitalisme tout à fait classique est convaincante, mais s’appuie essentiellement sur Amazon et Apple pour mettre discrètement de côté Google et Meta (ou d’autres comme Reddit, X, etc.) qui mettraient partiellement à mal sa démonstration avec leurs revenus qui proviennent très majoritairement de la publicité. En effet, il accepte dans sa démonstration que la publicité est assimilable à une rente féodale sur les «&amp;nbsp;vrais&amp;nbsp;» capitalistes, mais démontre que ce n’est pas de là que viennent les revenus des Big Tech. Sauf que pour Google, la publicité représente plus de 75&amp;nbsp;% des revenus de l’entreprise, et ce chiffre monte à &lt;em&gt;99&amp;nbsp;% (!)&lt;/em&gt; pour Meta. Si cela fragilise grandement sa démonstration, cela ne rend pas pour autant sa conclusion fausse&amp;nbsp;: le capitalisme n’est pas mort, et les Big Tech, Google et Meta compris, en sont partie intégrante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Début octobre, deux articles sortis coup sur coup poursuivent la discussion&amp;nbsp;: Frédéric Lordon &lt;a href=&quot;https://blog.mondediplo.net/la-france-insoumise-est-elle-anticapitaliste&quot;&gt;prolonge les arguments d’Evgeny Morozov&lt;/a&gt; le 3 octobre sur son &lt;em&gt;blog du Diplo&lt;/em&gt;, et Cédric Durand &lt;a href=&quot;https://www.contretemps.eu/capitalisme-numerique-technofeodalisme-durand-morozov/&quot;&gt;répond en défendant la notion de «&amp;nbsp;techno-féodalisme&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; dans &lt;em&gt;Contretemps&lt;/em&gt; le 4 octobre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Frédéric Lordon s’en prend à La France Insoumise, qui base l’actualisation de son discours politique sur les travaux de Cédric Durand, actuel détenteur de la chaire d’économie de l’Institut La Boétie. Il accuse Jean-Luc Mélenchon et la FI d’utiliser le travail de l’économiste pour ne plus s’attaquer véritablement au capitalisme, puisqu’on serait passé à autre chose. La question de savoir si la FI est anticapitaliste n’est pas le sujet du présent article. En revanche, la question de comprendre contre quoi nous devons lutter, qui constitue la matière intéressante de l’article de Lordon, est, elle, capitale (oui, le jeu de mot, bien qu’involontaire, tombe juste). Sa critique est tout à fait alignée avec celle de Morozov, qu’il prolonge et qu’il clarifie sur le cas concret de la FI&amp;nbsp;: s’il s’accorde avec la FI sur le besoin d’étendre la définition de la classe dominée/exploitée au-delà du prolétariat ouvrier, il reproche à la redéfinition en «&amp;nbsp;peuple des réseaux&amp;nbsp;» de se placer dans le cadre de pensée du techno-féodalisme&lt;sup data-footnote-id=&quot;6d3v6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-ref&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique#footnote-1&quot; id=&quot;footnote-marker-1-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et d’avoir, ce faisant, déplacé le terrain de lutte de la production à la consommation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Frédéric Lordon est très clair sur ce point, à deux reprises&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;(…) la nouvelle doctrine de la FI se trouve, bien involontairement, reproduire à sa manière le geste idéologique le plus caractéristique du néolibéralisme qui avait été d’effacer la figure du producteur au profit de celle du consommateur. Ici, c’est finalement la figure de l’usager (des réseaux) qui devient implicitement (?) la nouvelle référence. Le producteur n’a toujours pas réapparu…&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;(…) dans le peuple des réseaux, le producteur a disparu, et la lutte contre la propriété lucrative par la même occasion.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Or, dans le cadre spécifique des plateformes numériques des Big Tech, Frédéric Lordon se trompe en mettant en opposition le rôle de consommateur/utilisateur et celui de producteur. C’est du moins ce que nous tenterons de démontrer dans le présent article.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’en déplaise à Morozov, la publicité reste pour les Big Tech une source de revenus (et de puissance politique) conséquente, parfois même la principale, y compris parmi les plus grosses de ces entreprises&amp;nbsp;; et nous verrons que même les modèles d’Amazon et d’Apple reposent en fait sur des techniques similaires, et qu’on peut donc en dire la même chose. Dans sa démonstration, Evgeny Morozov, pour donner tort à Varoufakis, admet son idée que la publicité ou les frais de transactions mis en place sur Amazon et l’App Store d’Apple correspondent à une «&amp;nbsp;extorsion de rente&amp;nbsp;» par les seigneurs (les Big Tech) des fiefs numériques (leurs plateformes) sur les capitalistes qui produisent les véritables marchandises, dont la publicité est faite ou qui sont directement vendues. Il démonte ensuite l’idée que cela change la donne en montrant qu’Amazon est une entreprise capitaliste comme les autres, qui investit dans de l’infrastructure numérique (data centers) et logistique (entrepôts), et que c’est en vendant ces services et non en prélevant des frais de transaction que cette multinationale fait de l’argent. C’est là que sa démonstration passe discrètement Google et Meta sous le tapis, comme dit plus haut.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Expliquons donc pourquoi Evgeny Morozov a tort dans son analyse, et au passage pourquoi la dichotomie usager/producteur mise en avant par Frédéric Lordon est fausse sur les plateformes des Big Tech, pour finalement montrer que… les deux ont malgré tout raison dans leur conclusion&amp;nbsp;: nous sommes ici face à du capitalisme pur jus (le terme est d’ailleurs maintenu dans la notion de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;capitalisme&lt;/em&gt; de surveillance&amp;nbsp;» de Shoshana Zuboff).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quand on est un publicitaire, ce qu’on vend, c’est de l’espace d’affichage. Cet espace publicitaire est littéralement notre marchandise, ou peut-être notre service, mais c’est en tout cas ce que l’on &lt;em&gt;produit&lt;/em&gt;. En construisant des panneaux 4×3 et en choisissant bien leurs emplacements ou en finançant la construction d’abribus. Ou en construisant une plateforme de réseau social, ou encore un moteur de recherche sur le web, ou sur une place de marché. Certes, la publicité est un intermédiaire entre le producteur de la marchandise ou du service publicisé et ses consommateurs si on regarde les choses de loin. Mais, après tout, on pourrait dire la même chose d’un restaurateur quand il sert un déjeuner d’affaires à un directeur des ventes et un client potentiel, pourtant personne ne nie que son entreprise de restauration produit le repas et le service, et ne prélève pas juste une rente sur la potentielle vente du directeur, même si dans son entreprise capitaliste traditionnelle à lui, c’est perçu comme ça. Et si on s’intéresse aux Big Tech, typiquement parce que ces entreprises composent entre autres 8 ou 9 des 10 plus grosses capitalisations boursières mondiales, il faut regarder ce qu’il se passe, concrètement, matériellement, pour celles-ci. Et une grosse partie de ce qu’elles vendent (la quasi-totalité pour certaines), c’est-à-dire leur «&amp;nbsp;marchandise&amp;nbsp;» à elles, c’est bien de l’espace publicitaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien que ne jouant qu’un rôle intermédiaire, cette production ne peut être ignorée dans une analyse du processus complet de production de la valeur. C’est aussi ce qu’écrit Jacques Bidet dans sa &lt;a href=&quot;https://www.contretemps.eu/une-ambitieuse-alternative-au-capital-sur-le-livre-dulysse-lojkine/&quot;&gt;lecture critique d’Ulysse Lojkine&lt;/a&gt; paru ce 17 octobre dans &lt;em&gt;Contretemps&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;À cela il faut ajouter les coûts de transaction qu’implique le travail de recherche d’acheteurs, de localisation adéquate du produit, de publicité pour le faire connaître, etc. La marchandise ne devient valeur d’usage que lorsqu’elle est accessible à l’acheteur, connue et reconnue comme utile. S’il en est ainsi, dans la logique de Marx, au niveau abstrait où se situe son analyse de la valeur de la marchandise, la grandeur de celle-ci devrait donc se mesurer à la durée cumulée du travail de production et du travail de transaction qu’elle requiert.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ce «&amp;nbsp;travail de transaction&amp;nbsp;» se cristallise, entre autres, sous la forme d’une «&amp;nbsp;marchandise&amp;nbsp;» intermédiaire&amp;nbsp;: de l’espace publicitaire. Cette marchandise des Big Tech identifiée, il nous reste à savoir d’où vient sa valeur&amp;nbsp;: quel est le &lt;em&gt;travail&lt;/em&gt; qui &lt;em&gt;produit&lt;/em&gt; cette valeur, manifestement colossale&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si ces publicités rapportent autant, si les annonceurs, qui sont les clients des Big Tech, sont prêts à payer aussi cher ces espaces publicitaires, c’est que les publicités y sont efficaces. Et elles sont efficaces parce qu’elles sont précisément ciblées et parce qu’elles bénéficient d’audiences importantes, voire &lt;em&gt;captives&lt;/em&gt;. Ce ciblage effectif est permis par un profilage précis des utilisateurices à qui elles sont affichées. Cela vaut autant pour les publicités que pour les prédictions d’Amazon ou d’Apple qui savent quels produits ou applications nous vendre. Ce profilage va jusqu’à permettre à Amazon de gérer la logistique de ses entrepôts et de réussir ses livraisons express bien plus précisément que de simplement déplacer des parapluies là où du mauvais temps est prévu, ou encore aux &lt;a href=&quot;https://www.businessinsider.com/how-advertisers-use-facebook-to-figure-out-when-youre-pregnant-2012-9&quot;&gt;annonceurs sur Facebook de savoir que vous êtes enceinte avant même vous l’ayez dit à vos proches&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le profilage des utilisateurices à qui les publicités sont affichées est le fruit du travail d’employé·es des Big Tech, des ingénieur·es. Les données personnelles des utilisateurices sont une forme de &lt;em&gt;matière première&lt;/em&gt; consommée par des machines fabriquées par des employé·es des Big Tech qui produisent en sortie des profils de consommation. Ces employé·es fabriquent également les plateformes qui feront usage de ces profils, typiquement pour afficher de la publicité ciblée. On pourrait faire une analogie avec des joaillier·es qui fabriquent des bijoux (une marchandise chère, ici les espaces publicitaires ciblant) à partir du minerai (les données brutes) dont une usine a entre-temps extrait les pierres précieuses (les profils de consommation).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette matière première ne sort pas de nulle part, elle est elle-même le résultat d’un &lt;em&gt;travail&lt;/em&gt;, celui de son &lt;em&gt;extraction&lt;/em&gt;. Dans notre analogie, les joaillier·es peuvent être très fort·es, mais leur travail est impossible sans celui des prolétaires qui vont à la mine pour extraire les précieux minerais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce &lt;em&gt;travail&lt;/em&gt; indispensable dans le processus de &lt;em&gt;production&lt;/em&gt; de la valeur ajoutée de la marchandise dont la vente fait la fortune des Big Tech, c’est nous qui le faisons en &lt;em&gt;utilisant&lt;/em&gt; leurs plateformes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous sommes les prolétaires qui extrayons nos données personnelles brutes (le minerai) de nos vies (la mine) en utilisant les outils (les pioches) et plateformes (l’infrastructure minière) des capitalistes qui s’accaparent immédiatement le résultat de notre travail pour le confier à d’autres de leurs travailleur·es (à l’usine puis à la joaillerie), les ingénieur·es des Big Tech, afin que celleux-ci poursuivent la production de leur marchandise (les bijoux)&amp;nbsp;: les espaces de publicités ciblées super lucratifs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fait, étant donné le niveau d’automatisation du processus post-extraction, on pourrait presque parler à partir de là de «&amp;nbsp;travail mort&amp;nbsp;» incorporé dans les machines et les programmes conçus (et sans cesse améliorés) par les ingénieur·es des Big Tech. Dans ce processus de production, il n’y a finalement que l’extraction des données personnelles brutes qui nécessite continuellement une activité humaine. Appeler cette activité du «&amp;nbsp;travail&amp;nbsp;» peut sembler être un abus de langage si l’on considère que personne n’est réellement contraint d’utiliser ces plateformes. Mais, d’une part, on pourrait légitimement considérer que la &lt;em&gt;gamification&lt;/em&gt; de certaines de ces plateformes impose une forme de contrainte psychologique à y revenir chaque jour et à y avoir le plus d’interactions possibles (au point qu’il y a des cas avérés d’&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9pendance_aux_r%C3%A9seaux_sociaux&quot;&gt;addiction aux réseaux sociaux&lt;/a&gt;). D’autre part, si l’on s’accorde pour attribuer au seul travail humain le rôle de création de la valeur dans le processus productif, alors il faut accepter d’appeler comme tel la seule contribution humaine non automatisée (ni automatisable) dans le processus de production de la valeur dégagée par les Big Tech.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À travers leurs réseaux, les Big Tech nous fournissent des plateformes qu’ils possèdent et contrôlent, et qu’il convient donc de comprendre comme des &lt;em&gt;moyens de productions&lt;/em&gt;. En effet, l’utilisation de ces outils fait de nous la &lt;em&gt;main d’œuvre&lt;/em&gt; nécessaire à compléter un processus de production par ailleurs entièrement automatisé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media media-center&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/matrix-human-farm.webp&quot; style=&quot;width: 75%;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rappelons que deux critères font la forte valeur ajoutée des publicités des Big Tech&amp;nbsp;: le ciblage, duquel nous venons de parler, mais aussi l’audience, qu’il nous reste à discuter. En effet, aussi ciblée qu’elle soit, une publicité doit être vue pour avoir de la valeur. Évidemment, en étant présent·es sur les plateformes des Big Tech, nous faisons partie de cette audience. Mais ce n’est pas tout, car contrairement à la publicité partout ailleurs (télévision, journaux, panneaux, etc.), nous ne sommes pas cantonné·es à un rôle passif d’audience.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est pourtant ce qu’essayent de nous faire croire les Big Tech&amp;nbsp;: nous serions des consommateurs (de contenus), face à des producteurs (de contenus) dont elles reconnaissent d’ailleurs le travail, en partageant avec certain·es d’entre elleux une partie des copieuses recettes publicitaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, d’un point de vue technique, quand on s’intéresse à la production de la richesse des Big Tech, cette distinction n’a pas de sens&amp;nbsp;: il n’y a pas d’usage passif possible. D’abord, la création explicite de contenu va très vite&amp;nbsp;: dès qu’on &lt;em&gt;like&lt;/em&gt;, commente, partage, &lt;em&gt;tag&lt;/em&gt;, etc. Ces contenus «&amp;nbsp;secondaires&amp;nbsp;» produisent des notifications chez d’autres utilisateurices qui sont alors appelé·es à revenir sur la plateforme ou à y rester plus longtemps. Mais au-delà de ça, la vérité est que chaque utilisation produit sans cesse des données brutes&amp;nbsp;: le choix du contenu consulté, le temps passé devant tel ou tel contenu, depuis quel type d’appareil, localisé où, à quel moment de la journée, la sensibilité aux recommandations affichées, etc. Ces données-là alimentent les algorithmes de recommandations et de profilages publicitaires autant, si ce n’est plus, que les contenus produits et partagés activement. Elles alimentent le profilage de l’utilisateurice concerné·e, mais aussi celui de tou·tes les autres dont les profils lui sont statistiquement semblables, ou opposés. Simplement en utilisant les plateformes des Big Tech, nous participons également à produire les moyens d’augmenter, en temps comme en nombre, l’audience potentielle de la publicité&amp;nbsp;; nous participons de même à l’affinage des techniques de rétentions par des recommandations personnalisées de contenus ou de produits en vente&amp;nbsp;; et nous participons du même coup à l’efficacité de la logistique des entrepôts d’Amazon si chers à Evgeny Morozov.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Revenons à l’article de Frédéric Lordon&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;Tous ces phénomènes cependant, ceux du mode de production comme ceux du mode de reproduction, ne sont que le déploiement de la logique fondamentale du capitalisme&amp;nbsp;: la logique de la propriété lucrative. C’est bien pourquoi &lt;u&gt;disputer aux «&amp;nbsp;oligarques&amp;nbsp;» la maîtrise des réseaux ne peut pas faire le compte en matière d’anticapitalisme puisqu’il s’agirait de se battre sur le front du mode de reproduction seulement&lt;/u&gt;, en oubliant celui du mode de production, qui est pourtant le lieu originaire, la matrice si l’on veut, de la logique capitaliste fondamentale.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Comme nous venons de le voir, pour ce qui concerne les réseaux numériques des Big Tech, disputer leur maîtrise consiste aussi à se battre sur le front du mode de production, et pas seulement de reproduction. Il est d’ailleurs intéressant d’évoquer ici la sphère reproductive, car c’est majoritairement dans celle-ci qu’a lieu le &lt;em&gt;travail gratuit&lt;/em&gt; identifié par les féministes matérialistes qui ont analysé le travail domestique&lt;sup data-footnote-id=&quot;qkvjv&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-ref&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique#footnote-2&quot; id=&quot;footnote-marker-2-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&amp;nbsp;Sur les réseaux des Big Tech, l’utilisation/consommation, perçue par Frédéric Lordon comme uniquement reproductive, se confond en fait avec une activité productive. Et il s’agit bien là aussi de travail gratuit&lt;sup data-footnote-id=&quot;xcu6o&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-ref&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique#footnote-3&quot; id=&quot;footnote-marker-3-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;au même titre que le travail domestique dans la sphère reproductive. On est en plein dans la «&amp;nbsp;logique capitaliste fondamentale&amp;nbsp;» comme le dit Frédéric Lordon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus loin, Frédéric Lordon écrit&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;Il s’ensuit en tout cas qu’un «&amp;nbsp;contrôle des réseaux&amp;nbsp;» qui n’inclurait pas de quelque manière le contrôle de la &lt;em&gt;propriété lucrative&lt;/em&gt;, et en fait son abolition, où qu’elle se manifeste, du côté de la production comme du côté de la reproduction, ne constitue pas une rupture avec le capitalisme, ne peut être le support d’une prétention anticapitaliste.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La nature même de notre rapport aux Big Tech fait qu’il ne peut exister une forme de «&amp;nbsp;contrôle des réseaux&amp;nbsp;» numériques qui ne soit pas un contrôle de la propriété lucrative (et, s’il s’agit d’une forme de socialisation, une abolition de cette propriété), puisqu’il s’agit de contrôler des moyens de production (et de reproduction).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;C’est bien pourquoi, comme y insiste Nancy Fraser dans son dialogue avec Jean-Luc Mélenchon, il importait de soustraire la «&amp;nbsp;nouvelle classe&amp;nbsp;» à l’exclusivité de la vie au travail, pour l’étendre à toutes les autres conditions d’existence, celles de la reproduction, notamment, oui, dans les réseaux — et pourvu, bien sûr, qu’on n’oublie pas la première. Alors la classe devient la synthèse de toutes les conditions de la vie. On a maintenant compris que ça n’est pas ainsi que les choses ont tourné, et que le bout &lt;em&gt;à dépasser&lt;/em&gt;, mais &lt;em&gt;à conserver&lt;/em&gt;, est devenu le bout &lt;em&gt;abandonné&lt;/em&gt;.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À nouveau, il semble que Frédéric Lordon n’a pas pleinement saisi la nature matérialiste de notre rapport aux Big Tech, qui n’exclut pas la production. Il n’est donc pas question de «&amp;nbsp;bout abandonné&amp;nbsp;». Il n’est d’ailleurs pas question d’abandonner quoi que ce soit dans les travaux de Cédric Durand sur le techno-féodalisme. En effet, ce dernier le dit lui-même dans sa réponse à Evgeny Morozov&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;Pour en revenir au propos de Morozov, il ne s’agit pas d’affirmer que, soudainement, la dynamique capitaliste s’éclipserait, mais au contraire que, par son plein accomplissement, celle-ci fait advenir quelque chose de neuf.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Plus loin, on perçoit l’acuité de son raisonnement concernant ce «&amp;nbsp;plein accomplissement&amp;nbsp;»&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;Cette calamité dépasse la sphère productive. L’individu dans son travail, puis dans toutes les phases de sa vie, se trouve tendanciellement exproprié de sa propre existence. Le philosophe Étienne Balibar appelle la possibilité de cette défaite définitive «&amp;nbsp;subsomption totale&amp;nbsp;».&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Nous sommes en effet face à une aliénation très importante des individus dont une partie des activités reproductives sont, par les réseaux des Big Tech, accaparées par le capital sous forme productive. Bien que Cédric Durand n’analyse pas l’utilisation des plateformes des Big Tech comme du travail gratuit, il saisit &lt;em&gt;a minima&lt;/em&gt; qu’il y a un débordement d’une sphère sur l’autre. La richesse ainsi produite et accaparée par les Big Tech leur donne effectivement une puissance politique colossale, ce qui est aussi porté par la notion de techno-féodalisme. C’est en tout cas avec cette idée que Cédric Durand termine&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;En soulignant le caractère hybride des entreprises de la tech, le concept de techno-féodalisme permet de mettre au centre cette question de la destruction des capacités administratives comme menace imminente sur toute potentialité de politique émancipatrice. Si rien n’est fait rapidement pour contrer la monopolisation des connaissances et des capacités de coordination par les géants technologiques, les institutions politiques seront bientôt privées de toute pertinence. Et la gauche anticapitaliste de toute option stratégique.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Jusqu’à l’arrivée de cette dernière phrase, qui semble confondre la gauche anticapitaliste avec la gauche anticapitaliste &lt;em&gt;p&lt;/em&gt;&lt;em&gt;arlementaire&lt;/em&gt; (ou «&amp;nbsp;&lt;em&gt;de gouvernement&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»), sa conclusion paraît implacable. Il n’est évidemment pas souhaitable qu’on en arrive à une situation telle que la gauche, bien qu’arrivée au pouvoir, ne soit plus en capacité d’agir. Mais il serait faux de penser qu’il n’existe aucune option stratégique en dehors des institutions politiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, une majeure partie des employé·es des Big Tech (mais pas tou·tes&amp;nbsp;!) sont mis par ces entreprises dans une situation financière qui les distancie (subjectivement) de l’intérêt de lutter contre ce système. Mais une fois qu’on se rend compte que l’activité de ces employé·es ne correspond qu’à une partie de la production de ces entreprises, parce que le travail nécessaire en amont est le fruit de l’ensemble des utilisateurices de leurs plateformes, cela ouvre encore une option&amp;nbsp;: la grève, celle des utilisateurices. Pour le coup, celle-ci s’apparente à un boycott puisque consommation et production sont confondues. Et comme toutes les grèves, elle est à construire, et c’est un travail (décidément&amp;nbsp;!) de longue haleine. À la différence près qu’ici nous sommes aidé·es dans cette pratique syndicaliste révolutionnaire par l’existence d’un «&amp;nbsp;déjà-là&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: des réseaux alternatifs (le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fediverse&quot;&gt;fédivers&lt;/a&gt;&lt;sup data-footnote-id=&quot;47aeq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-ref&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique#footnote-4&quot; id=&quot;footnote-marker-4-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;) où la propriété lucrative n’a pas sa place et qui pourraient jouer un rôle décisif, par exemple dans la stratégie «&amp;nbsp;contre-pouvoir / double-pouvoir / rupture révolutionnaire&amp;nbsp;» du communisme libertaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour finir, un autre passage de la réponse de Cédric Durand montre également la pertinence de son analyse de la question du rôle politique des géants de la tech&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;Mais l’évolution la plus significative à ce jour concerne la monnaie. En encourageant activement le développement des &lt;em&gt;stablecoins&lt;/em&gt;, l’administration Trump ne va pas seulement accroître l’instabilité financière et la fragmentation du système financier mondial. Elle crée de nouveaux vecteurs privés d’intégration susceptibles de détrôner les monnaies souveraines et les circuits financiers qui s’y rattachent.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;D’abord, le fait qu’il soit ici littéralement question de &lt;em&gt;seigneuriage&lt;/em&gt;, le privilège de battre monnaie, donne de l’importance à la notion de techno-féodalisme. Mais surtout, au-delà de ce constat, il faut se rendre compte que la question des «&amp;nbsp;cryptomonnaies&amp;nbsp;» est cruciale. En effet, ces technologies sont en pratique des véhicules de propagandes et de banalisations très efficaces de l’ultra-individualisme libertarien fascisant. Et, comme toutes les questions de ce type, à commencer par celle que nous avons traité dans cet article, les appréhender sérieusement ne peut se faire par une entrée unique, que celle-ci soit informatique, économique, sociologique, etc. Dans tous les cas ce serait avancer avec des œillères. S’armer intellectuellement pour comprendre véritablement les implications politiques et économiques des «&amp;nbsp;cryptomonnaies&amp;nbsp;» nécessite donc entre autres une introduction technique qui pose des bases solides sur lesquelles construire ensuite une pensée politique. Bref, une &lt;a href=&quot;https://pablockchain.fr/&quot;&gt;introduction techno-critique&lt;/a&gt;. Il est de plus en plus urgent que les organisations de gauche (partis politiques, syndicats, associations, …), antifascistes et anticapitalistes en premier lieu, prenne ce sujet au sérieux et s’équipent pour penser la question des «&amp;nbsp;cryptomonnaies&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;div id=&quot;sdfootnote4&quot;&gt;
&lt;section class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;header&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;/header&gt;

&lt;ol&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;6d3v6&quot; id=&quot;footnote-1&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique#footnote-marker-1-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Précisions que, contrairement à Frédéric Lordon qui utilise dans son article un sens assez élargi de «&amp;nbsp;réseaux&amp;nbsp;» (comme la FI à laquelle il s’oppose), nous nous limiterons ici aux réseaux des Big Tech, qui sont ceux qui nous intéressent principalement dans le débat sur la notion de techno-féodalisme.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;qkvjv&quot; id=&quot;footnote-2&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique#footnote-marker-2-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Cf typiquement les travaux de Christine Delphy dans &lt;em&gt;L’ennemi principal&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;https://wikirouge.net/texts/fr/L'ennemi_principal_(Delphy)&quot;&gt;résumé sur WikiRouge&lt;/a&gt;).&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;xcu6o&quot; id=&quot;footnote-3&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique#footnote-marker-3-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;À l’exception de celui d’une infime portion des utilisateurices dont l’activité est reconnue comme du travail par les Big Tech et avec lesquel·les une partie des recettes publicitaires sont partagées, les « influenceurs » et « influenceuses ».&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;47aeq&quot; id=&quot;footnote-4&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2026/01/Consommer-et-produire-essence-prison-numerique#footnote-marker-4-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Contraction de «&amp;nbsp;fédération&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;univers&amp;nbsp;». Il s’agit d’un maillage de serveurs informatiques indépendants mais capables d’interagir en utilisant un protocole ouvert, formant ainsi un grand réseau social multi-applications (Mastodon comme alternative à Twitter, PeerTube comme alternative à YouTube, Pixelfed comme alternative à Instagram, Castopod pour les podcasts, etc.) qui n’est donc pas contrôlé par un acteur central, contrairement aux plateformes des Big Tech.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;/div&gt;</description>
        
              </item>
          <item>
        <title>Telegram n'est pas une messagerie sécurisée</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2024/08/Telegram-n-est-pas-une-messagerie-securisee</link>
        <guid isPermaLink="false">urn:md5:bc288c32c411544dc9b0f735243bc2c6</guid>
        <pubDate>Mon, 26 Aug 2024 17:35:00 +0200</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>réseau</category>
                <description>          &lt;p&gt;Depuis l'arrestation du PDG de Telegram ce samedi 24 août, les médias qui en parlent qualifient systématiquement Telegram de “messagerie cryptée”. C'est complètement faux, &lt;strong&gt;Telegram n'est pas une messagerie sécurisée&lt;/strong&gt;. Et c'est un véritable problème que cette désinformation soit ainsi propagée, pour plusieurs raisons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Telegram est généralement présentée comme une application de messagerie du même type que WhatsApp et &lt;a href=&quot;https://signal.org/fr/&quot;&gt;Signal&lt;/a&gt;, parce qu'elles se ressemblent au niveau de leurs interfaces d'utilisation ainsi qu'en terme de fonctionnalités. Pourtant sous le capot, Telegram est très différente des deux autres. Sur Signal (et a priori WhatsApp), toutes vos discussions sont effectivement sécurisées en étant chiffrées &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chiffrement_de_bout_en_bout&quot;&gt;&lt;em&gt;de bout en bout&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. C'est-à-dire qu'avant de quitter votre appareil vos messages sont chiffrés par l'application et qu'ils ne sont déchiffrés qu'une fois arrivés chez vos interlocuteur·ices, jamais entre temps. C'est le cas que vous utilisiez Signal (ou WhatsApp) depuis votre smartphone ou depuis votre ordinateur. Cela veut dire que, même si votre message doit passer par l'intermédiaire de Signal (ou Meta/Facebook dans le cas de WhatsApp) avant d'être livré à son ou sa destinataire, il ne peut pas être lu par cet intermédiaire, que cet intermédiaire ne peut pas le livrer aux autorités, et qu'une fuite de données de l'intermédiaire (qui se ferait pirater par exemple) ne peut pas compromettre la confidentialité de vos messages (attention toutefois à l'existence des méta-données : qui parle à qui, à quel moment, etc.).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur Telegram, le fonctionnement est tout à fait différent. Les messages sont chiffrés oui, mais seulement en transit par défaut : de leur émetteur·ice à Telegram, puis de Telegram à leur destinataire. Mais entre les deux, chez Telegram, les messages ne sont plus chiffrés, ils sont lisibles en clair, par Telegram donc mais aussi par tou·tes celleux qui auraient accès à leur infrastructure, que ce soit légalement ou illégalement (ou “&lt;em&gt;alégalement&lt;/em&gt;”, comme on dit concernant les agences de renseignements qui naviguent disons… en zone grise). &lt;mark&gt;Le niveau de chiffrement de Telegram est exactement le même que pour les messages privés/directs sur les réseaux sociaux.&lt;/mark&gt; Si le chiffrement en transit vous suffit à dire d'une messagerie qu'elle est sécurisée, chiffrée, ou encore “cryptée”, alors vous devez qualifier Twitter, Instagram, Snapchat, Discord, Slack, etc. de la même manière, ce qui n'est bien sûr jamais le cas. Il est pourtant clair que pour le grand public, lorsqu'un média parle de “messagerie cryptée”, le niveau de sécurité attendu de cette messagerie n'est pas le même que pour les messages Instagram, qui ne sont jamais qualifiés de la sorte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors certes, il y a la possibilité sur Telegram de créer ce que l'application appelle un “&lt;em&gt;échange secret&lt;/em&gt;” qui sera lui bien chiffré de bout en bout… mais avec de nombreux bémols comparés à Signal (ou WhatsApp) :&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
	&lt;li&gt;cette fonctionnalité n'est tellement pas mise en avant dans l'interface de Telegram qu'il est fort probable que la grande majorité de ses utilisateur·ices, y compris parmi celleux qui pensent malheureusement utiliser une messagerie sécurisée, ne soient en réalité même pas au courant de son existence ;&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;les échanges secrets Telegram ne sont possibles que pour les discussions directes entre deux personnes : la fonctionnalité n'existe pas du tout pour les groupes, ni les canaux ;&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;les échanges secrets ne sont possibles que sur smartphone Android ou iOS, pas dans les applications Windows, macOS et Linux, ni dans la version web ;&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;il est impossible d'initier un échange secret si les deux contacts ne sont pas en ligne en même temps ;&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;un échange secret est confiné à un seul appareil, il ne sera pas disponible ni synchronisé de son smartphone à son ordinateur ou sa tablette et vice-versa, ni avec son prochain smartphone en cas de changement, contrairement aux discussions Telegram “normales” ;&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;enfin, mais c'est probablement le moins important, le protocole de chiffrement de Telegram a été moins étudié et approuvé par la communauté cryptographiques que celui de Signal.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media media-center&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/telegram-secret-chat.jpg&quot; style=&quot;width: 500px;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la capture d'écran ci-dessus on voit deux conversations avec la même personne, Léa, sur mon application Telegram. La première est un échange secret, signalé par le cadenas et la couleur verte, la seconde est une discussion “normale”. Je pourrais vouloir toujours discuter avec Léa dans la discussion sécurisée et même supprimer la conversation non-sécurisée pour être sûr de ne pas faire l'erreur de parler au mauvais endroit lorsque l'on fomentera pour organiser la révolution, mais c'est en pratique impossible ou a minima trop peu pratique pour qu'on en ait vraiment envie : dès que l'un·e de nous deux est sur son ordinateur plutôt que son smartphone la conversation sécurisée est inutilisable, si l'un·e de nous deux doit changer de smartphone les échanges de la discussion sécurisée sont perdus, etc. Ne vous inquiétez pas pour la révolution, Léa et moi discutons en réalité sur Signal, ces deux conversations ne sont qu'une démo faite ce dimanche (de toutes façons la révolution ne se fait pas qu'à deux, et Telegram est incapable de sécuriser les conversations de groupe…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, ces importantes limitations des échanges secrets de Telegram sont des inconvénients majeurs en terme de &lt;strong&gt;convivialité&lt;/strong&gt;, et repoussent donc les utilisateur·ices de la fonctionnalité, même dans les cas où celle-ci est connue. La sécurité informatique ne peut pas être une question purement technique, il est nécessaire de prendre en compte ces facteurs sociaux humains, du moins quand on est sérieux·ses. &lt;mark&gt;C'est donc bien de la désinformation de présenter Telegram comme une messagerie sécurisée, et &lt;strong&gt;c'est dangereux car cela peut donner un faux sentiment de sécurité&lt;/strong&gt; à celleux qui croient utiliser un équivalent de Signal (ou WhatsApp).&lt;/mark&gt; Si il y a des choses que vous n'auriez pas envie d'envoyer via DM sur Twitter ou Instagram, vous ne devriez probablement pas les envoyer non plus via Telegram.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, la dernière raison pour laquelle ça me pose soucis que Telegram soit systématiquement présentée comme une messagerie sécurisée est plus spécifique au contexte dans lequel c'est fait en ce moment. &lt;mark&gt;Il est problématique d'insinuer que c'est la sécurité (prétendument) offerte par Telegram qui justifierait l'arrestation de son PDG ou qui y attirerait des activités répréhensibles&lt;/mark&gt;, d'autant plus qu'elle n'existe pas. Utiliser du chiffrement pour protéger sa vie privée et celle de ses interlocuteur·ices, ou pour protéger le secret de ses correspondances, ce n'est ni illégal, ni un problème, et c'est parfois même une nécessité. Je vous encourage d'ailleurs à utiliser Signal qui est pragmatiquement la meilleure application de messagerie sécurisée à ce jour, car les rares compromis qu'elle fait avec une sécurité techniquement maximaliste sont mûrement réfléchis et faits dans avec l'objectif de lui permettre d'être conviviale, c'est-à-dire facile et plaisante à utiliser sans erreur de manipulation pouvant compromettre la sécurité ou le fonctionnement de la messagerie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://signal.org/fr/&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media media-center&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/signal_hd.jpg&quot; style=&quot;width: 500px;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;em&gt;Un des visuels de la campagne “&lt;a href=&quot;https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Contre-le-capitalisme-de-surveillance-et-la-technopolice-le-logiciel-libre&quot;&gt;Contre le capitalisme de surveillance et la technopolice, le logiciel libre&lt;/a&gt;” de l'&lt;a href=&quot;https://www.unioncommunistelibertaire.org/&quot;&gt;Union communiste libertaire&lt;/a&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
        
              </item>
          <item>
        <title>L'ultra-individualisme de la décentralisation totale</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale</link>
        <guid isPermaLink="false">urn:md5:4de2b992d96fd71ce04af8a1a22b455e</guid>
        <pubDate>Mon, 19 Jun 2023 20:20:00 +0200</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>blockchain</category>
                  <category>librisme</category>
                  <category>réseau</category>
                <description>          &lt;p&gt;Je voudrais dans ce billet faire part de mes réflexions de ces dernières années sur le sujet de la décentralisation. C'est un sujet sur lequel mon opinion a beaucoup évoluée depuis que j'ai commencé à y réfléchir. M'étant construit politiquement notamment à travers le mouvement pour le logiciel libre et dans une culture relativement geek/internet (à une époque où c'était moins “mainstream”), j'ai longtemps été favorable au maximum de décentralisation possible. Pendant quelques années j'ai par exemple hébergé moi même mes mails, et j'ai même pesté quand il était devenu quasi-impossible de le faire sans devoir potentiellement y passer plusieurs jours à temps plein pour gérer les contraintes imposées par les GAFAM et leurs décisions aussi rapides que péremptoires sur qui peut envoyer des mails à leurs utilisateur·es ou non. J'ai fini par abandonner l'auto-hébergement de mes mails faute de temps (et aussi, je l'avoue, parce que passé la période d'apprentissage de la mise en œuvre et de l'administration d'un serveur de mails, la motivation à y passer encore du temps n'était simplement plus là).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme je le disais, mon avis sur le sujet à beaucoup évolué depuis. Bien sûr, je suis toujours opposé à la concentration du pouvoir permise par la centralisation ou même la contraction&lt;sup data-footnote-id=&quot;vxn3u&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-1&quot; id=&quot;footnote-marker-1-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; des réseaux. Et en ce sens, je suis toujours favorable à la décentralisation. Mais plus nécessairement sous la même forme, plus nécessairement &lt;em&gt;au même point&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce que j'appelle la décentralisation &lt;em&gt;totale&lt;/em&gt;, c'est quand chacun·e gère individuellement ses affaires. Dans le cas du numérique par exemple, chacun·e devrait avoir à la maison un petit serveur qui héberge ses mails, ses pages web, son blog, son cloud, son instance de Mastodon&lt;sup data-footnote-id=&quot;eq08q&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-2&quot; id=&quot;footnote-marker-2-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, etc. L'idée, plutôt bonne a priori, est de supprimer au maximum les intermédiaires potentiellement malveillants. De fait, il semble tout à fait raisonnable d'argumenter qu'en terme de liberté individuelle, moins on est dépendant d'autres, mieux c'est.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un réseau pair-à-pair,&lt;/strong&gt; chacun·e est entièrement responsable d'ellui-même. Cela suppose que tout le monde est formé à tout. Ce n'est évidemment pas réaliste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Clairement, si chacun·e devait auto-héberger ses mails par exemple, l'écrasante majorité des personnes (pour ne pas dire la quasi intégralité) n'auraient tout simplement jamais eu d'adresse email.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De même, imaginer que l'utilisation répandue (voire rendue nécessaire) de la cryptographie asymétrique est envisageable sans aucun tiers de confiance dans le monde réel est absolument hors sol : il me semble extrêmement élitiste de demander à chacun·e d'être responsable de la sécurité et de la pérennité de ses clefs privées, et tout autant prétentieux de s'en penser capable sans jamais faire d'&lt;a href=&quot;https://blog.gitguardian.com/github-exposed-private-ssh-key/&quot;&gt;erreur&lt;/a&gt;. Rappelons d'ailleurs que le droit à l'erreur n'existe souvent pas dans le type de situations engendrées par les systèmes recourant à ce type d'architecture (et c'est aussi pour ça que les « cryptomonnaies » ne sont et ne peuvent pas être démocratiques).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le seul parallèle politique pertinent avec ce type de réseaux me semble être l'&lt;strong&gt;individualisme&lt;/strong&gt;, le &lt;em&gt;chacun·e pour soi&lt;/em&gt;. Ça ne me convient pas. Les défenseurs de ce type d'organisations sont le plus souvent ultra-individualistes&lt;sup data-footnote-id=&quot;c8mdx&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-3&quot; id=&quot;footnote-marker-3-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Chez les défenseurs de la liberté individuelle, on trouve d'ailleurs des gens pour qui toutes solutions intermédiaires, comme la fédération (cf. ci-dessous), ne peut pas être considérée comme de la décentralisation. Une forme d'absolutisme qu'on retrouve évidemment chez certains cryptocards comme le montre par exemple &lt;a href=&quot;https://0xhagen.medium.com/mastodon-is-not-decentralized-c9182e7af707&quot;&gt;cet article&lt;/a&gt; (justement écrit par un vendeur de &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/01/NFT-%3A-encore-plus-d%C3%A9bile&quot;&gt;NFT&lt;/a&gt;) dénonçant Mastodon comme étant centralisé. Ce n'est pas étonnant : la décentralisation totale correspond au modèle ultra-individualiste qui donne une raison d'être à la défiance généralisée qui, si on l'admet, contribue à rendre nécessaire le recours à une blockchain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Contrairement à la fausse dichotomie bien souvent exploitée dans le narratif des cryptocards&lt;sup data-footnote-id=&quot;5sx75&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-4&quot; id=&quot;footnote-marker-4-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, l'alternative à une décentralisation totale n'est pas forcément la centralisation totale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un réseau centralisé,&lt;/strong&gt; le pouvoir est concentré dans les mains d'une seule entité qui peut décider de tout pour tout le monde. Bien sûr, on peut imaginer que cette entité soit elle-même contrôlée démocratiquement. Mais je ne crois plus en l'illusion qui consiste à prêter à une organisation une vertu qui n'est pas gravée dans sa structure et nécessite la bonne volonté de certaines personnes, aussi bienveillant·es soient-elles, pour fonctionner. Aucun·e individu ne peut être plus fort·e que les structures dans lesquelles iel évolu·e.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En pratique avec les architectures centralisées, il est très difficile voire impossible de peser sur le centre qui devient systématiquement trop puissant et incontrôlable. Les exemples historiques en politiques ne manquent pas. On peut aussi penser à ce qui se passe en ce moment (lors de la rédaction de ce billet) sur la plateforme centralisée &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Reddit&quot;&gt;Reddit&lt;/a&gt; après &lt;a href=&quot;https://web.archive.org/web/20230621090731/https://reddark.untone.uk/&quot;&gt;une grève importante&lt;/a&gt; contre une décision de l'entreprise qui gère la plateforme&lt;sup data-footnote-id=&quot;1nsra&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-5&quot; id=&quot;footnote-marker-5-1&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Malgré une organisation potentiellement autonomes des différentes communautés (les subreddits) qui existent sur la plateforme, la gestion d'une partie d'entre elles s'est faite court-circuiter par les administrateurs centraux de la plateforme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le parallèle politique qui me semble pertinent avec ce type de réseaux est l'&lt;strong&gt;autoritarisme&lt;/strong&gt;. Ça ne m'a évidemment jamais convenu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Or donc, comme dit plus haut, il existe au moins une troisième voie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;trois tolopogies de réseau : centralisée, pair-à-pair, fédérée&quot; class=&quot;media media-center&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/networktopologies.png&quot; style=&quot;width: 100%;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un réseau fédéré,&lt;/strong&gt; on tente un compromis pragmatique. C'est une forme intermédiaire de décentralisation, qui permet de déconcentrer le pouvoir tout en profitant des avantages du collectif. Cela demande évidemment de la confiance sociale au sein de chaque collectif. Les conditions d'existence de cette confiance sont alors permises par la taille réduite des collectifs, par leur localité dans certains cas, et/ou encore par le fait que chacun·e puisse choisir auquel iel appartient.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est le type de structure choisi pour le fédivers&lt;sup data-footnote-id=&quot;eq08q&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-2&quot; id=&quot;footnote-marker-2-2&quot; rel=&quot;footnote&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; typiquement pour Mastodon, ou encore par les &lt;a href=&quot;https://www.chatons.org/&quot; title=&quot; Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires&quot;&gt;CHATONS&lt;/a&gt; qui sont les collectifs inventés par &lt;a href=&quot;https://framasoft.org/&quot;&gt;Framasoft&lt;/a&gt; dans le cadre de sa campagne “&lt;a href=&quot;https://degooglisons-internet.org/&quot;&gt;dégooglisons internet&lt;/a&gt;” et qui peuvent exister de manière locales, thématiques, associatives, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est aussi le type de structure du réseau du courrier électronique, ce qui fait que, pour en revenir à l'anecdote racontée en ouverture de ce billet, lorsque j'ai décidé de ne plus héberger mes mails moi-même, j'ai pu choisir librement un prestataire dont c'est le métier pour le faire à ma place. Si cela avait existé à l'époque, j'aurais aussi aussi pu choisir un &lt;abbr tabindex=&quot;0&quot; title=&quot; Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires&quot;&gt;CHATONS&lt;/abbr&gt; qui propose ce service. La force de ce type d'organisation, c'est de pouvoir participer au collectif de notre choix (être au service du collectif) tout autant que de pouvoir se reposer dessus (se servir du collectif).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le parallèle politique le plus pertinent avec ce type de réseau me semble être le &lt;strong&gt;fédéralisme&lt;/strong&gt;. C'est de loin le type de structure / d'organisation qui me semble la plus désirable. Ce type d'organisation permet une forme de souplesse qui autorise par exemple l'expérimentation, y compris en parallèle, de différents systèmes de prises de décisions pour ensuite propager les modèles qui fonctionnent le mieux. Dans certains cas, la structure de la fédération impose même l'élaboration de positions collectives au sein des collectifs fédérés. Ces positions ont souvent la propriété d'être meilleures qu'un agrégat de positions individuelles, ne serait-ce que parce que leur construction nécessite de prendre le temps du débat et de la discussion. C'est d'ailleurs comme ça que fonctionnent certaines organisations politiques révolutionnaires et certaines organisations syndicales de lutte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Selon l'adage, &lt;q&gt;seul on va plus vite, ensemble on va plus loin&lt;/q&gt;. Pour être honnête, je ne suis même pas convaincu qu'on aille effectivement plus vite quand on est seul… et quand bien même ce serait le cas, soyons moins pressé·es ☺.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong id=&quot;decentr-indiv-eco&quot;&gt;AJOUT 20/06/2023 :&lt;/strong&gt; On m'a très justement fait remarquer que j'ai oublié de discuter de la dimension écologique de la question dans ce billet, alors que c'est un enjeu crucial. Effectivement, cela mériterait presque un billet à part entière. Je ne sais pas si je l'écrirais un jour, mais je peux déjà en dire quelques mots rapidement ici :&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
	&lt;li&gt;La décentralisation totale impose une redondance des ressources et une multiplication des appareils qui ne sont pas compatibles avec les enjeux écologiques de décroissance, ou du moins de rationalisation de la consommation énergétique&amp;nbsp;(cf par exemple mon billet &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/02/Le-cout-d-une-blockchain&quot;&gt;le coût d'une blockchain&lt;/a&gt;).&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;La centralisation impose l'existence d'un service qui se rend indispensable et ne peut donc plus se permettre la moindre tolérance aux pannes : quand le service central est en rade, c'est le réseau entier qui est hors-service, pour tout le monde. Cela impose la mise en œuvre de politique de gestion qui ne peuvent pas être écologiquement responsables : à l'échelle d'un Google, on ne peut pas perdre de temps à réparer une panne sur un serveur, on le jette et on le remplace (en supposant que la granularité soit encore celle du serveur et pas de la baie de serveurs, voire d'un conteneur de baies…).&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;La fédération est encore une fois le compromis raisonnable : on profite de la mutualisation des ressources tout pouvant rester à une échelle “à taille humaine” qui permet par exemple de prendre le temps de la réparation (si le serveur mail d'une association est en rade deux jours, ça n'impacte pas le reste du réseau, et au fond ce n'est pas très grave, les mails des personnes concernées arriveront deux jours après et voilà), voire de la mise à l'arrêt complète de certaines ressources sur des périodes où celles-ci sont inutiles pour le collectif concerné.&lt;br /&gt;
	&lt;strong&gt;AJOUT 21/06/2023&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;:&lt;/strong&gt; On me fait également remarquer que de rapprocher l'informatique des personnes permet de matérialiser/concrétiser son existence (en comparaison au “cloud” qui reste très abstrait) et encourage par là même une forme de sobriété.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;section class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;header&gt;
&lt;h3&gt;Notes&lt;/h3&gt;
&lt;/header&gt;

&lt;ol&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;vxn3u&quot; id=&quot;footnote-1&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-marker-1-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Dans le cas de courrier électronique par exemple, il ne s'agit pas d'un réseau centralisé, mais il est de fait de plus en plus &lt;em&gt;contracté&lt;/em&gt; autour d'une poignée d'acteurs, qui peuvent alors imposer leurs standards au reste du réseau. C'est aussi ce qui s'est passé à une certaine époque avec XMPP (Google Talk et Facebook Messenger étaient autrefois interopérables avec ce protocole ouvert). Et il va falloir se méfier de ça dans le cadre du fédivers également… voir &lt;a href=&quot;https://www.nextinpact.com/lebrief/71219/p92-projet-reseau-social-decentralise-en-mode-fediverse-meta-via-instagram&quot;&gt;l'article de Next INpact sur P92&lt;/a&gt;.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;eq08q&quot; id=&quot;footnote-2&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-marker-2-1&quot;&gt;a&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-marker-2-2&quot;&gt;b&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Si le mot “&lt;em&gt;instance&lt;/em&gt;” vous intrigue, je vous renvoie à l'article “&lt;a href=&quot;https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Reseau-Comprendre-le-fediverse&quot;&gt;Réseau : comprendre le fédivers&lt;/a&gt;” que j'avais publié dans &lt;em&gt;Alternative libertaire&lt;/em&gt; n°300, en décembre 2019.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;c8mdx&quot; id=&quot;footnote-3&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-marker-3-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Pour être clair, ce qui est individualiste n'est bien sûr pas le comportement des geek·es qui décident de s'auto-héberger pour le fun ou pour apprendre, c'est de prêcher l'auto-hébergement, la décentralisation totale, comme étant le meilleur modèle.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;5sx75&quot; id=&quot;footnote-4&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-marker-4-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Voir à ce sujet la fin de mon billet précédent sur le livre &lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/05/No-Crypto-Nastasia-Hadjadji&quot;&gt;No Crypto de Nastasia Hadjadji&lt;/a&gt;.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
	&lt;li data-footnote-id=&quot;1nsra&quot; id=&quot;footnote-5&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://p4bl0.net/post/2023/06/ultra-individualisme-decentralisation-totale#footnote-marker-5-1&quot;&gt;^&lt;/a&gt; &lt;/sup&gt;&lt;cite&gt;Et je tiens bien à parler de &lt;strong&gt;grève&lt;/strong&gt; ici et non pas de &lt;em&gt;boycott&lt;/em&gt;, puisque les utilisateurices de la plateforme en sont bien des travailleur·es, même si le travail fourni l'est gratuitement et sans contrat, tout comme le travail domestique tel que décrit par Christine Delphy. Je vous renvoie à l'article où je détourne l'adage « si c'est gratuit, c'est toi le produit » en titrant “&lt;a href=&quot;https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Economie-de-la-donnee-Si-c-est-gratuit-c-est-toi-qui-produis&quot;&gt;Si c'est gratuit, c'est toi qui produis&lt;/a&gt;” que j'avais publié dans &lt;em&gt;Alternative libertaire&lt;/em&gt; n°297, en septembre 2019.&lt;/cite&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/section&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</description>
        
              </item>
          <item>
        <title>Comparaison tout à fait partiale entre Twitter et Mastodon</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2022/11/Comparaison-tout-a-fait-partiale-entre-Twitter-et-Mastodon</link>
        <guid isPermaLink="false">urn:md5:d525961822880d4124939e1ed1644362</guid>
        <pubDate>Fri, 18 Nov 2022 20:00:00 +0100</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>librisme</category>
                  <category>réseau</category>
                <description>          &lt;p&gt;Le week-end dernier, j'ai rédigé deux billets pour ce blog. L'un sur &lt;a class=&quot;ref-post&quot; href=&quot;https://p4bl0.net/post/2022/11/Paradoxe-libriste-et-logiciel-emancipateur&quot;&gt;un paradoxe dans la pensée libriste&lt;/a&gt;, et l'autre sur Mastodon. Le premier a été publié quasiment dans la foulée, l'autre a finalement été transformé en proposition de communiqué pour la commission librisme de mon organisation politique, l'&lt;a href=&quot;https://www.unioncommunistelibertaire.org/&quot;&gt;UCL&lt;/a&gt;. Cela a d'ailleurs permis au texte de bénéficier d'une relecture collective et attentive, et donc de quelques améliorations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si vous lisez ce blog, je vous suggère fortement la lecture de ce communiqué directement sur le site de l'UCL, puisqu'un billet quasi identique aurait pu être publié ici même :&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Comparaison-tout-a-fait-partiale-entre-Twitter-et-Mastodon&quot;&gt;&lt;strong&gt;Comparaison tout à fait partiale entre Twitter et Mastodon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Comparaison-tout-a-fait-partiale-entre-Twitter-et-Mastodon&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/mastodon_hd.png&quot; style=&quot;margin: 0px auto; display: table; width: 400px;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
        
              </item>
          <item>
        <title>Facebook, 4 octobre 2021 : une panne politique</title>
        <link>https://p4bl0.net/post/2021/10/Facebook%2C-4-octobre-2021-%3A-une-panne-politique</link>
        <guid isPermaLink="false">urn:md5:016fa736036dd7a214209d5a1fbfd241</guid>
        <pubDate>Mon, 25 Oct 2021 18:58:00 +0200</pubDate>
        <dc:creator>Pablo</dc:creator>
                          <category>réseau</category>
                <description>          &lt;p&gt;Le 4 octobre 2021, Facebook et toutes ses plateformes (dont Instagram et WhatsApp) ont disparus d'Internet pendant presque 7h. L'existence de cette panne et sa durée exceptionnellement longue sont la conséquence de décisions politiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De nombreux médias ont déjà expliqué la panne en détails et ce n'est donc pas l'objet de ce billet, mais il nous est tout de même nécessaire pour contextualiser notre propos de faire quelques rappels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un réseau est un ensemble de machines connectées entre elles, et qui, à l'intérieur de ce réseau, savent comment s'adresser les unes aux autres. Internet est, comme son nom l'indique, un réseau de réseaux. Il est pensé pour être résilient. Cette résilience passe par une architecture &lt;em&gt;décentralisée&lt;/em&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;: il n'y a pas d'entité centrale qui joue le chef d'orchestre pour décider de qui peut être sur le réseau, ni des chemins que peuvent prendre les données qui transitent dessus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les différents réseaux d'Internet parlent entre eux à l'aide du protocole BGP (&lt;em&gt;border gateway protocol&lt;/em&gt;). Avec, chaque réseau annonce régulièrement à ses voisins les adresses des machines auxquelles il permet d'accéder, que ce soit en interne ou même via un autre réseau voisin qui lui a communiqué les adresses de ses machines à lui. Ainsi il y a (presque) toujours plusieurs chemins possibles entre deux machines, et si l'un est cassé on peut passer par un autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est suite à une annonce BGP erronée que Facebook a disparu d'Internet&amp;nbsp;: ses réseaux voisins ne savaient plus comment s'adresser aux machines de Facebook, et ne pouvaient donc plus le permettre à leurs utilisateurices, ni à leurs propres réseaux voisins, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://static.p4bl0.net/public/facebook-down.jpg&quot; style=&quot;margin: 0px auto; display: table; width: 500px;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La panne du 4 octobre 2021 est un symptôme du phénomène qu'on appelle la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;contraction&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» d'Internet. C'est à dire une forme de «&amp;nbsp;recentralisation&amp;nbsp;». On sait que comme les autres capitalistes de surveillance, Facebook cherche à enfermer ses utilisateurices dans son écosystème. Mais au-delà de ça, il semble que même les choix techniques de l'entreprise sont en partie guidés par cette idéologie de contrôle centralisé&amp;nbsp;: le géant Facebook ne repose que sur un seul réseau&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même en restant une plateforme centralisée, Facebook pourrait tout à fait reposer sur une architecture décentralisée telle qu'Internet est pensé. Elle serait alors composée d'un ensemble de réseaux (tous contrôlés par l'entreprise) reliés directement entre eux, et qui participent conjointement à Internet. Non seulement la panne du 4 octobre 2021 aurait vraisemblablement été cloisonnée à un seul de ces réseaux, mais elle aurait aussi pu être bien plus vite réparée&amp;nbsp;: un autre réseau de Facebook qui fonctionne encore aurait pu faire les annonces BGP nécessaires à corriger l'erreur diffusée. Au lieu de ça, Facebook s'est retrouvé coupé du monde, sans aucun moyen immédiat de corriger son erreur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au-delà de son architecture interne, la contraction opérée par Facebook est telle que la panne, en plus des différentes plateformes du groupe, a impacté tout un tas de plateformes tierces qui dépendent de leurs services comme «&amp;nbsp;se connecter avec Facebook&amp;nbsp;» par exemple. Sans parler du surplus de trafic lié à la gestion des erreurs qui a pu provoquer des ralentissements du réseau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Décidément, on n'insistera jamais assez sur l'importance de la décentralisation.&lt;/p&gt;</description>
        
              </item>
      </channel>
</rss>
