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samedi 12 mars 2022

Taux d'accès Parcoursup

Ce billet est directement tiré d’un thread publié sur mon compte twitter.

Cette année encore la Licence informatique de l’Université Paris 8 (dont je suis responsable) avec ses 13% de taux d’accès, semble être la plus attractive des 128 licences en informatique listées sur la plateforme Parcoursup, incluant pourtant des formations sélectives (doubles licences, etc).

La première chose à dire là dessus : la distinction que Parcoursup fait entre les formations dites “sélectives” et celles dites “non-sélectives” n’a absolument aucun intérêt en pratique. Ça dit seulement si la formation a le droit de répondre “non” à des candidatures ou si elle doit nécessairement classer tou·tes les candidat·es, mais en pratique, nombre de formations dites sélectives acceptent tout le monde voire ne remplissent pas leur capacité d’accueil, et beaucoup de formations dites non-sélectives atteignent leur capacité d’accueil avant d’avoir atteint la fin du classement qu’elles ont fait des candidatures qu’elles ont reçues, étant donc de fait, sélectives.

Le vrai problème, c’est que les vœux n’étant pas classés sur Parcoursup, on ne peut pas réellement mesurer de taux de satisfaction des candidat·es, ce qui serait la seule mesure réellement intéressante.

En attendant, on peut se demander : que mesure réellement ce taux d’accès mis en avant par la plateforme ?

Déjà, comment est calculé ce taux d’accès ? C’est pas clair du tout… On peut lire par exemple chez L’Étudiant qu’« il s’agit du pourcentage de candidats qui ont reçu une réponse positive lors de la phase principale de l’année précédente ». Sauf que… ça ne marche pas vraiment.

MISE À JOUR (13/03/2022) : en fait si, je n’avais pas les bons chiffres pour la phase principale.

Texte retiré suite à la mise à jour ci-dessus.

La formule est soit très complexe, soit change en fonction de certains seuils. Pour la Licence informatique de Paris 8, qui a reçu l’an dernier 1990 candidatures confirmées pour une capacité d’accueil de 70 places, et a appelé 234 candidat·es depuis le haut de notre classement, si on compte comme l’indique L’Étudiant, on obtient un taux de 11,7% qu’il est difficile d’arrondir au 13% annoncés.

Peut-être que son pris en compte d’une façon où d’une autre le fait que sur les 1990 candidat·es il y en a dont on peut-être certain·es qu’iels ne voulaient pas prioritairement venir chez nous : les appelé·es qui ont refusé·es la proposition, et celleux qu’on a pas appelé bien que classé·es plus haut que notre dernier·es appelé·es car iels ont accepté avant leur tour chez nous une autre formation qui avaient leur préférence. Mais dans ce cas, c’est étrange de procéder ainsi tout en faisant comme si par contre tou·tes les candidat·es qui n’ont pas été appelé·es une fois qu’on a atteint notre capacité d’accueil auraient voulu venir !

Bref, le principe est tout de même d’avoir une idée grossière de combien de candidat·es vont recevoir une proposition d’acceptation dans la formation. Mais est-ce pour autant un critère d’attractivité ou une information pertinente sur la difficulté d’accès à la formation ? Pas vraiment… En fait, ça le serait si les formations comparées ainsi faisaient leur classement de la même manière exactement. Mais c’est très loin d’être le cas, et c’est même probablement ce qui explique principalement les grandes différences de taux d’accès entre formations par ailleurs similaires.

En effet, comment expliquer que des formations dans la même filière, avec un nombre très semblable voire égal de places, et parfois beaucoup plus de candidatures que la notre, aient des taux d’accès bien plus haut ? Tout simplement à la manière dont sont fait les classements !

Et là, désolé, je vais sembler être un peu critique de certain·es collègues dans d’autres établissements, mais sachez bien qu’en aucun cas on ne peut leur reprocher le fonctionnement de Parcoursup qui pousse complètement à faire de la sélection. C’est bien la plateforme qui est en tort, et ça demande une organisation et un travail conséquent de contourner ce qu’elle pousse à faire avec son module d’« aide à la décision ».

Ce qui fait notre taux d’accès si bas, c’est qu’on refuse de recourir à un algorithme de classement basé sur les notes : sinon quelque soit la formule qu’on choisirait d’appliquer, c’est toujours les mêmes — celleux avec les bonnes notes — qu’on retrouverait en haut de classement.

Et comme beaucoup de formations se contentent de ça, non seulement elles classent en premier les mêmes candidat·es (qui ne vont bien sûr qu’à un seul endroit et donc refusent tous les autres) qui en plus le plus souvent ne mettent des licences qu’en plan B car iels veulent en fait accéder à une classe prépa plus qu’à la fac, prépa qui classe généralement aussi de cette façon. Et donc ces candidat·es refusent en fait toutes les licences qui leurs sont proposées…

L’effet le plus pervers de tout ça c’est que ça ralentit beaucoup la procédure pour tout le monde C’est complètement stupide et ça pourrait être évité très facilement si Parcoursup autorisait tout simplement les candidat·es à classer leurs vœux (à dire avec de l’écho).

Mais alors, qu’est-ce qu’on fait de différent chez nous à Paris 8 en Licence informatique ? Et ben on lit vraiment chaque dossier : le projet de formation motivé, le CV, etc. Puis on essaye du mieux qu’on peut de pondre un classement correspondant à la volonté réelle des candidat·es.

En gros, on cherche les candidat·es qui semblent avoir le plus envie de venir chez nous. Parce que c’est elleux qui seront le plus content·es d’être là, vont du coup le mieux s’épanouir chez nous, et donc vont le mieux réussir leurs études :).

Notre licence est très particulière, même complètement unique par bien des aspects (qui sont détaillés sur le site web de la formation), donc on voit assez vite les candidat·es qui postulent chez nous et pas “génériquement” en licence informatique (et encore… chaque fois on a des candidatures avec un projet de formation motivé pour une tout autre filière, là au moins c’est clair qu’on est pas le premier choix puisqu’on a eu un copier-coller depuis la formation pour laquelle l’effort a été fait ^^).

Sauf qu’en vrai, elle est pas si connue notre licence, et ces cas là ne suffiraient pas à remplir notre capacité d’accueil. Donc l’autre critère important qu’on a, c’est que la candidature montre que la personne sait où elle met les pieds, en particulier ce qu’est la programmation, et qu’elle aime ça. Parce qu’autant dire que dans le cas contraire, ce serait rude. Quelqu’un·e qui n’aime pas la programmation aurait bien du mal à s’épanouir chez nous (cf le programme de la licence) ! Mais c’est pas grave, y a plein d’autres formations qui lui correspondront mieux.

Sur la base de ces critères (qui sont publics et accessibles sur le site de la formation et sur sa fiche sur Parcoursup), on essaye de bidouiller manuellement un classement. C’est à dire qu’on essaye du mieux qu’on peut de détourner Parcoursup de son objectif de sélection pour en faire un outil d’orientation. C’est compliqué, ça demande énormément de travail, et on est jamais sûr·es d’avoir juste… Mais en fait, notre taux d’accès aussi bas, qui montre que celleux qu’on classe en haut ont bien tendance à venir chez nous, c’est finalement la preuve qu’on s’en sort pas si mal ! ☺

La conclusion, c’est qu’il ne faut pas se censurer sur Parcoursup face à des formations qui affichent un taux d’accès bas ou très bas, et ce même quand on n’a pas les meilleures notes : ce sont peut-être justement les formations pour lesquelles les notes comptent moins que la motivation.