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dimanche 24 juillet 2022

Lecture : “The Politics of Bitcoin”

J’ai récemment terminé de lire le livre de David Golumbia intitulé The Politics of Bitcoin: Software as Right-Wing Extremism. C’était une excellente lecture que je recommande fortement à toute personne souhaitant s’intéresser sérieusement aux blockchains. Il a d’ailleurs immédiatement rejoint la liste de mes recommandations de livres sur mon site web.

En six chapitres, l’auteur démontre parfaitement à quel point le sous-titre de son livre est justifié. Il commence par expliquer les liens entre une culture historiquement hégémonique sur les Internets, le cyber-libertarianisme, et certains idéaux politiques de droite et d’extrême droite. Il explique en quoi cette idéologie individualiste pousse depuis un certains temps à la volonté de création d’une monnaie alternative puis comment, en se mêlant à des théories complotistes (elles aussi portées par l’extrême droite) concernant notamment les banques centrales et renforcées par la crise économique de 2008, cela a aboutit à la création puis au succès (relatif) de Bitcoin.

Il démontre ensuite assez rigoureusement en quoi ces racines idéologiques et complotistes sont gravées dans Bitcoin et dans la technologie de la blockchain qui le sous-tend, et comment cela impact tout l’écosystème qui va autour, jusqu’à la forme que prennent les arguments des défenseurs de ces technologies — typiquement, le fait d’interpréter deux évènements pourtant contraires (par exemple le court du Bitcoin qui monte ou qui baisse) comme des indicateurs de l’inévitable succès à venir, même quand il y a des preuves du contraire.

Au passage l’auteur se permet de donner les quelques explications techniques, sur Bitcoin lui même comme sur l’économie et la finance (l’inflation, le rôle des banques centrales, la nature de la monnaie, etc) pour mieux démonter les théories conspirationnistes, et tout cela est systématiquement fait sources et citations à l’appui. En particulier il explique très bien la différence entre une devise (“currency”) et une monnaie (“money”) et comment la confusion entre les deux est constamment utilisée par les défenseurs des « cryptomonnaies ». Une monnaie doit avoir trois fonctions : intermédiaire d’échange, réserve de valeur, et unité de compte ; et l’auteur montre sans difficulté que non seulement les crypto-actifs (terme qu’il faut préférer à celui de « cryptomonnaies ») ne peuvent remplir que la première de ces fonctions, mais qu’en vérité plus ou moins n’importe quoi peut remplir cette fonction…

De façon intéressante, l’auteur fait aussi remarquer que, si sur les plans économique et technique les blockchains n’ont aucune utilité et aucun avenir, sur le plan politique, elles servent de porte d’entrée et de porte-voix à des idées qui, avant l’arrivée de Bitcoin, étaient assez universellement perçues comme d’extrême droite et de droite libertarienne. Il expose ainsi comment les discours, et même le vocabulaire, issus de ces tendances politiques sont généralisés autour des blockchains. Par exemple, le fait que soit résumé à « liberté » ce qui est en fait « l’absence de régulation par une entité démocratique », ou encore qu’il soit question de « limiter le pouvoir » seulement quand il s’agit de celui du gouvernement.

C’est d’ailleurs tout au long du livre, et c’est de nouveau le message qu’il utilisera en guise de conclusion, que l’auteur met en garde contre les tentations que pourraient avoir les personnes de gauche de détourner les blockchains à leur avantage : cela ne fonctionnera pas, car cette technologie est structurellement opposée à leur valeur. Au contraire, « ce qu’il faut pour combattre [le pouvoir en place], ce n’est pas plus de guerres entre des plateformes algorithmiques et des individus qui se considèrent au-dessus de la politique, mais une réaffirmation du pouvoir politique, ce que la blockchain est spécifiquement construite pour démanteler »[1].

Bref, je ne détaille pas plus et ne vous raconte pas tout : lecture recommandée ! Le bouquin n’est pas cher, et pour celles et ceux qui sont vraiment fauché·es, il se trouve assez facilement sur le web…

Note

  1. ^ C’est la dernière phrase du livre : “What is required to combat that power is not more wars between algorithmic platforms and individuals who see themselves as above politics, but a reassertion of the political power that the blockchain is specifically constructed to dismantle.”.

dimanche 23 janvier 2022

Lecture : “Pirates de tous les pays”

Un très court billet juste pour tenter de vous donner envie de lire un de mes bouquins préférés, à la façon d’une courte recommandation de presse :

Vous avez en tête cette image d’un pirate avec une jambe de bois et un crochet à la place d’une main, et pourtant de personne d’autre dans cet état à la même époque ? C’est normal : au début du 18ème siècle, la norme, c’était plutôt de ne pas survivre à ce type d’accident… Sauf que les pirates, ils avaient déjà inventé la Sécu !

Dans Pirates de tous les pays, Marcus Rediker nous fait partir à la découverte des légendes, des idéaux, et surtout des pratiques concrètes des équipages pirates, qui comptent parmi les premières sociétés organisées anti-étatistes, internationalistes, égalitaires, anti-autoritaires, et autogestionnaires.

Ce voyage dans l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716–1726) est d’autant plus appréciable que le livre réussit à avoir la rigueur d’un travail universitaire (grâce aux journaux de bord et aux minutes de procès en particulier, tout est sourcé !), tout en restant très accessible au grand public. Un avantage conservé dans la très bonne traduction française proposée ici par les éditions Libertalia.