NFT : encore plus stupide

Le singe fume sa cigarette
NFT ‘21 ou album de rap ‘12 ?

L’objectif d’un NFT est d’établir un titre de propriété. L’idée est de certifier une association entre une identité numérique (le propriétaire) et un objet (la propriété, le plus souvent numérique également), et d’utiliser la technologie de la blockchain pour stocker et distribuer ce certificat de propriété.

Ça commence mal : les personnes qui prétendent utiliser une blockchain pour établir des titres de propriétés mentent ou ne savent absolument pas de quoi elles parlent. Cela a été établi dans un précédent billet (dont je vous conseille la lecture avant celui-ci) où j’expliquais qu’une blockchain ne peut pas servir de source de vérité pour quoi que ce soit qui ne soit pas intrinsèquement “dans” ladite blockchain. Cette technologie n’a donc aucun avantage par rapport au papier[1], mais a par contre beaucoup d’inconvénients que le papier n’a pas (consommation énergétique, transactions acentrées impossibles, etc.).

Ce que prétendent apporter les NFT, c’est la décentralisation et l’absence de la nécessité de tiers de confiance. Cela suffit en soi à discréditer complètement l’idée des NFT, puisqu’il s’agit de titre de propriété sur une blockchain et que justement, l’utilisation d’une blockchain ne permet en réalité aucune décentralisation ni aucune suppression du besoin de confiance comme cela est démontré dans le billet cité précédemment. Mais comme l’indique le titre de ce billet : les NFT sont encore plus stupides.

NFT signifie “non-fungible token”, c’est à dire “jeton non-fongible” : il s’agit d’un morceau d’information non interchangeable, par opposition aux unités de cryptomonnaies par exemple. Quand on a 1 bitcoin, on a 1 bitcoin n’importe lequel, ils sont tous équivalents, au sens strict d’avoir la même valeur. Chaque NFT est unique et identifiable. Un billet de 10€ vaut la même chose que n’importe quel autre billet de 10€ (ou que n’importe quel ensemble de pièces et billets qui valent 10€) : les euros sont fongibles. En revanche si on décide que les billets de 10€ n’ont plus cours mais qu’on les garde et qu’on ouvre un marché des billets de 10€ où chacun est unique et identifié par son numéro de série, alors je peux espérer vendre plus cher mon billet numéroté 198357 que celui numéroté 840414 par exemple en disant que c’est un nombre premier et qu’il y a un nombre limité de tels billets (ce qui est faux puis stupide, mais je peux le dire quand même…).

Cette idée illustre ce qu’on entend par “non-fongibilité”. C’est ça qui fait que numéroter des objets en quantité limité augmente leur valeur[2] : non seulement ils sont rares mais en plus ils sont maintenant uniques puisque chacun a un numéro différent. Mais dans le cas des NFT, c’est encore plus stupide : des NFT, absolument rien n’empêche d’en créer plusieurs (et même autant qu’on veut) pour exactement le même objet (donc il peut y avoir plusieurs certificats de propriété pour une même œuvre), et n’importe qui peut en créer pour n’importe quoi (donc aucune garantie que la personne qui crée ou vend un NFT ait des droits sur la propriété de l’objet associé). Tout se passe comme si un même billet de 10€ (au sens de l’objet physique, nécessairement unique) pouvait avoir une infinité de numéros de série, et que c’est à ces numéros de série qu’on attribuait de la valeur, et potentiellement des valeurs différentes à chacun. Oui oui, ça n’a absolument aucun sens.

En fait c’est même encore plus stupide : l’objet associé à un NFT est généralement un objet numérique, dont la rareté n’existe donc pas[3] puisqu’il est transmissible par copie (par opposition à mon billet de 10€ que je n’aurais forcément plus en ma possession quand je l’aurais transmis à quelqu’un·e d’autre). Cela signifie que l’objet associé au NFT (et qui manifestement contribue à sa valeur sur le marché alors qu’on a déjà vu au paragraphe précédent que ça ne fait pas sens) peut lui même être répliqué infiniment. Cela peut sembler évident mais on a vu vraiment beaucoup de cas de personnes ayant acheté une image en NFT pour l’utiliser comme photo de profil sur des réseaux sociaux et traitant de voleurs les personnes qui récupéreraient cette image par un simple clic droit puis “enregistrer l’image sous…”, par exemple.

Toutes ces critiques sont déjà valides en admettant encore l’idée qu’un NFT serait effectivement un titre de propriété, mais en réalité c’est encore plus stupide. En principe, du moins du point de vue des défenseurs de cette technologie, posséder un NFT associé à l’objet (numérique ou non) X permet de dire « Je suis le propriétaire officiel de X, j’ai un certificat qui le prouve. ». Sauf que la notion propriété n’a absolument rien de naturelle, elle n’existe pas autrement que comme une construction sociale. La propriété peut résulter d’un rapport de force “brute”[4] ou d’un accord commun, mais dans tous les cas, il s’agit d’une forme de violence. Dans le premier cas le rapport de force doit être renouvelé sans arrêt. Dans le second cas il est nécessaire qu’une forme d’autorité extérieure fasse respecter l’accord aux différentes parties (avec un pouvoir de sanction en cas de non respect, ou un pouvoir absolu de contrainte). Et dans les deux cas, la notion de propriété n’existe et n’a de sens que pour la communauté concernée[5]. Bref, un titre de propriété n’a aucune valeur dans l’absolu si il n’y a pas une autorité tierce qui le fait appliquer, et lui donne par là même sa valeur. C’est vrai quand le titre de propriété prend la forme d’un bout de papier, mais c’est vrai aussi quand il prend la forme d’un NFT : en écrivant dans une blockchain que tel personne est propriétaire de tel objet, on a absolument rien fait de plus que si on avait écrit cette même affirmation sur du papier : ça n’a absolument aucune valeur tant qu’il n’y a pas une autorité tierce qui fait appliquer, qui rend vrai, ce qui est écrit[6]. Exit donc une fois de plus l’idée de décentralisation ou de désintermédiation…

Mais accrochez-vous car ce n’est pas fini : l’association d’un objet à un NFT ne se fait généralement pas directement sur la blockchain pour des raisons techniques (pour les objets physiques — montres de luxe, œuvre d’art, etc. — c’est évident ; et les objets numériques sont trop volumineux pour ça). Notez bien que même dans les très rares cas où l’objet est enregistré sur la blockchain, tout ce qu’on a dit jusque là s’applique parfaitement. Ce qui est stocké sur la blockchain est en fait le plus souvent un lien vers une page web[7] qui pointe à son tour vers l’objet associé au NFT. Ce qui signifie qu’on perd toute idée de décentralisation (qui est la raison d’être de cette technologie — même si cette croyance n’est que le fruit d’une énorme incompréhension comme on l’a déjà vu) puisqu’une plateforme centralisée est nécessaire pour faire le lien entre le NFT et l’objet associé. C’est déjà assez affligeant mais en fait c’est encore plus stupide : du fait de la centralité de ce tiers de confiance imposé, le NFT lui même est sujet au risque de pointer vers un lien mort dans le meilleur des cas (par exemple si le site de la plateforme disparaît ou change d’adresse). Mais cela peut être pire : le site pourrait se faire pirater ou simplement être remplacé plus tard par un autre qui ferait des associations fantaisistes, afficherait de la pub, tenterait d’infecter ses visiteurs avec des virus, ou se contenterait tout simplement de troller.

Il est donc assez clair que la technologie des NFT est purement et entièrement du vent et n’a aucune application sérieuse possible (en dehors d’enrichir les plus hauts étages d’une pyramide de Ponzi tout en accélérant le réchauffement climatique). Regardons tout de même de plus près le cas d’usage non purement spéculatif qui semble être le plus souvent mis en avant par les défenseurs de cette technologie : son utilisation dans un metavers ou le domaine du jeu vidéo (je vais parler de “monde virtuel” de façon général) pour des marchés d’accessoires “in game”.

Ce qui fait que cette idée semble fonctionner, c’est que dans le cas d’un monde virtuel dont on contrôle tout, on peut effectivement décider que la blockchain sur laquelle on enregistre les NFT est une source de vérité. Techniquement, ça fonctionne. Le monde virtuel peut complètement empêcher les participant·es qui ne sont pas identifié·es comme propriétaires d’un NFT de bénéficier de l’objet associé à celui-ci. L’entreprise qui édite le jeu, au travers de l’implémentation du monde virtuel, c’est à dire des règles écrites dans son code source, a ici le rôle de l’autorité tierce et centralisée qui a le pouvoir absolu de rendre vrai ce qu’elle veut, et donc entre autre ce qui serait écrit sur une blockchain. Si l’entreprise change d’avis, la vérité dans le monde virtuel change avec… Et c’est même encore plus stupide. Contrairement à ce qu’on peut régulièrement lire sur le sujet, cela ne permettrait absolument pas de transférer des objets d’un monde virtuel à l’autre si ce n’est pas prévu dans le code des mondes virtuels en question : si un jeu n’a pas prévu de code pour afficher un chapeau rouge sur votre avatar, vous ne pourrez pas y afficher un chapeau rouge sur votre avatar, même si vous être le “propriétaire” d’un NFT associé à l’idée d’un chapeau rouge et que le jeu prend en compte la blockchain sur laquelle c’est le cas par ailleurs. Les NFT ne permettent pas non plus un marché de revente d’objets entre joueur·ses au sein d’un même monde virtuel si celui-ci ne prévoit pas la possibilité de transfert de propriété (ce qu’il pourrait décider de ne faire qu’avec une taxe par exemple…). Bref, tout ce qui relèverait d’autre chose que du marché spéculatif de (re)vente de faux titres de propriété à des acheteurs crédules dépend entièrement de la volonté de l’entité qui contrôle le monde virtuel. On est donc bien dans un système entièrement centralisé, et il n’y a aucun avantage à utiliser des NFT et donc une blockchain pour ça. Techniquement il y a même de nombreux désavantages : ce sera plus coûteux en ressources et moins efficace qu’une simple base de données pour arriver au même résultat.

Mise à jour (22/01/2022) : il a été porté à mon attention que le terme “débile” est problématique car il semble être encore beaucoup attaché aux handicaps cognitifs, j’ai donc pris la décision de le remplacer par “stupide” qui a la même signification sans être validiste.

Notes

  1. ^ Je parle de papier un peu pour forcer le trait, mais la critique reste la même dans le monde numérique, avec les technologies qu’on utiliserait à la place d’une blockchain, qu’elles soient distribuées (dépôt Git, DHT, etc.) ou centralisées (comme une base de données tout à fait classique).
  2. ^ On ne parle ici que de valeur d’échange sur un marché de la rareté et en supposant une demande forte. La valeur intrinsèque, la valeur d’usage de ces objets, n’a évidemment aucune raison de changer parce qu’ils sont numérotés…
  3. ^ Il est possible d’essayer de créer de la rareté artificiellement sur des objets numériques, mais les NFT sont incapables de ça. La seule chose qui le permet sont les DRM (“digital rights maganement” ou MTP en français pour “mesures techniques de protection”), qui sont historiquement un échec cuisant au niveau technique, et qui ne peuvent absolument pas fonctionner sans tiers de confiance par ailleurs, ce qui annihile encore une fois l’intérêt potentiel des NFT.
  4. ^ Guerre de territoire dans les sociétés humaines, combat (ou juste pipi qui sent plus fort ^^) dans certaines communautés animales, par exemple.
  5. ^ Chez les animaux qui marquent leur territoire par exemple, la plupart des autres espèces (en tout cas celles avec qui il n’y a pas de rapport de prédation ou de coopération quelconque) n’ont probablement rien à faire des marqueurs de territoire, si tant est qu’elles soient capables de les interpréter. Il en va de même pour nos barrières et nos frontières (sinon on ferait des OQTF aux moustiques).
  6. ^ L’idée développée dans ce paragraphe est détaillée dans le billet évoqué plus haut : la vérité sur la blockchain.
  7. ^ Et seulement un lien, même pas de condensat cryptographique de l’objet permettant de s’assurer de son intégrité… Sauf dans quelques rares cas où le lien est un identifiant IPFS, mais ça ne change rien aux autres problèmes.

Commentaires

1. Le samedi 22 janvier 2022, 14h19 par Erwan

Merci pour ce billet ! ;-)
Clair, net et précis : un vrai régal pour comprendre et démystifier les NFT !

2. Le samedi 22 janvier 2022, 23h03 par R2miB

Parce que p4bl0 attend des commentaires apparemment ;-)
(très bon billet-s by the way)

3. Le dimanche 23 janvier 2022, 15h07 par Enaphael

Je vous remercie pour cet article très clair. Je ne vais pas me gêner pour le partager si des proches souhaitent mieux comprendre les NFT !

4. Le lundi 24 janvier 2022, 18h36 par Buzzrage

Bonjour, Je tiens à préciser que je ne suis pas pro-NFTs, je trouve cela un peu gadget et en tout cas les gens semblent s’en servir vraiment n’importe comment pour le moment. Mais plusieurs choses m’ont parues confuses dans cet article.

Les deux premiers paragraphes sont corrects, la blockchain ne permet pas en effet d’établir un titre de propriété et ce n’a d’ailleurs jamais été pensé comme cela. Elle a pour but d’être garante de l’intégrité de l’ensemble des transactions associées au NFT considéré (i.e du titre de propriété). Le problème est dans l’établissement du titre de propriété.

Du coup cette technologie a un énorme avantage par rapport au papier, car le maintien du registre des transactions est décentralisé et donc très robuste (puisqu’on parle de blockchain).

  • Pablo : Attention le registre est “distribué”, c’est une forme particulière de décentralisation. Qui ne nécessite pas forcément une blockchain pour être atteinte.

Ensuite paragraphe 3 “l’utilisation d’une blockchain ne permet en réalité aucune décentralisation ni aucune suppression du besoin de confiance”, je n’ai pas lu le billet précédent, mais en revanche une blockchain est par construction quelque chose de décentralisé. Les plateformes qui les gère, elles en revanche, peuvent être centralisées. Donc ça dépend de quoi on parle mais là comme ça sans plus de précision on pourrait croire que l’auteur est confus dans sa compréhension du fonctionnement d’une blockchain. De même pour la partie “absence de la nécessité d’un tiers de confiance”: on conserve l’ensemble des transactions associées à un NFT d’une manière bieeeeen plus robuste que sur un bout de papier. Ce qui pose problème en revanche c’est l’établissement du titre de propriété, où là il peut y avoir besoin d’un arbitrage juridique. Mais sinon, là où un titre de propriété classique n’empêchait en rien quelqu’un de venir squater un bien immobilier, de falsifier un titre de propriété ou même de le perdre, tout ceci est rendu impossible par construction via les NFTs.

  • Pablo : La blockchain elle-même est distribuée oui, et elle permet des transactions décentralisées pour une certaines définitions de “décentralisées” (ce ne sont pas des transactions pair-à-pair par exemple). Mais ce qui est écrit dans la blockchain n’a absolument aucune valeur sans autorité tierce pour lui en donner une. C’est en ça que ça ne permet pas de décentraliser ni de désintermédié quoi que ce soit, même si la technologie elle même est décentralisée.

Ensuite pour le 4ième paragraphe, l’analogie avec une monnaie (ce que ne sont pas les NFT) est bancale. Il n’y a aucun intérêt à considérer que les NFTs ont la même valeur, on a besoin de différencier le “billet numéroté 198357 de celui numéroté 840414 car ce ne sont tout simplement pas les mêmes objets.

  • Pablo : Nous sommes bien d’accord là dessus, et c’est ce que dit l’analogie, donc je ne vois rien de bancale.

Paragraphe 5 “des NFT, absolument rien n’empêche d’en créer plusieurs (et même autant qu’on veut) pour exactement le même objet (donc il peut y avoir plusieurs certificats de propriété pour une même oeuvre), et n’importe qui peut en créer pour n’importe quoi (donc aucune garantie que la personne qui crée ou vend un NFT ait des droits sur la propriété de l’objet associé)”. Oui tout à fait, on peut faire des NFTs avec tout et n’importe quoi, la question réside plus sur l’aspect juridique de “qui décide que tel NFT à de la valeur ?”. Mais si je prends en photo le certificat de propriété de la joconde et que j’en fait un NFT, il faut garder à l’esprit que ça ne fait pas de moi le propriétaire de la joconde, ça fait simplement de moi le propriétaire d’une photo du certificat de propriété de la joconde: il faut bien faire attention à la question de “quel objet est associé à ce NFT ?”.

  • Pablo : C’est bien mon point, oui.

Paragraphe 6: La rareté d’un NFT existe car chaque NFT est unique. Même remarques que plus haut, il faut bien garder à l’esprit l’objet duquel on parle d’une part (il y a en général beaucoup de confusion là dessus), et d’autre part que la technologie étant nouvelle, il n’y a aucune régulation juridique sur la question de savoir si un titre de propriété établit entre un “objet” (au sens très large du mot) et un NFT est bien valide. Tout le monde fait ce qu’il veut, le rôle de la NFT n’est pas de savoir si c’est légitime ou même légal, son rôle c’est de garder en mémoire l’intégralité des transactions de ce titre de propriété de manière robuste et décentralisée. De plus, lorsque l’on vend un NFT, contrairement à ce qui est écrit dans l’article, on ne le possède plus. L’objet initial en revanche (numérique donc) est en effet copiable. Et on peut même attribuer un nouvel NFT à cette copie sans soucis et il s’agit de deux objets différents (le contenu peut être identique, mais peut-être pas les métadonnées, la date de création, l’emplacement de l’espace en mémoire etc..). Encore une fois le problème est plutôt de l’ordre du flou juridique. L’exemple donné avec la photo de profil est d’ailleurs très illustrative ! S’agit-il vraiment d’un vol ? Puisque la copie de l’image N’EST PAS strictement la même image que l’originale, et donc il ne s’agit pas du même objet, donc il n’y a pas de vol. Si la “victime” considérait que son titre de propriété était lié à ce qui était représenter sur la photo, alors il perçoit cela comme un vol (mais alors pourquoi l’avoir publié publiquement sur Internet dans ce cas ? C’est comme laisser son smartphone sur un banc dans un parc très fréquenté, puis partir acheter du pain, et s’étonner à notre retour qu’il n’y est plus ! Ce n’est pas parce qu’on possède le téléphone que miraculeusement les gens ne vont pas chercher à prendre le téléphone, c’est pareil sur Internet).

  • Pablo : Oui, j’ai bien dit qu’un NFT ne peut pas créer la rareté d’un objet numérique. En revanche la rareté (l’unicité !) du NFT lui-même existe, on est d’accord. Et je suis d’accord avec le reste de votre discours, c’est bien mon point : les NFT ne permettent pas de se passer de l’institution juridique : il n’offre donc aucune désintermédiation ni aucune décentralisation. Donc on sait faire la même chose techniquement de façon bien moins coûteuse et bien plus efficace sans blockchain. Utiliser des NFT et donc une blockchain pour décentraliser et désintermédier, c’est du même acabit que mettre une porte blinder sur un mur en plâtre.

Paragraphe 7: Je suis entièrement d’accord avec ce paragraphe. La notion de propriété est purement arbitraire (certains dirait même que c’est du vol car la propriété a pour effet de priver quelqu’un du droit de posséder quelque chose). Et il est bon de rappeler que la notion de propriété n’a de sens que pour la communauté concernée (par exemple, la communauté des utilisateurs de NFTs n’est pas la même que la communauté des gens qui ne les utilisent pas, on peut très bien s’en foutre des NFTs et ne pas reconnaitre la légitimité de cette techno !). En revanche dès l’instant que l’on considère comme légitime cette technologie, nul besoin d’autorité tierce qui fait appliquer la propriété, car le titre de propriété est acté et associé au NFT et est gérée de manière décentralisée au sein des différents participants de la blockchain empêchant ainsi toute falsification ou tout vol.

  • Pablo : Alors “dès l’instant” oui, mais surtout “et seulement tant que” !

Paragraphe 8: L’exemple du lien vers une page web comme contenu de la blockchain est en effet un exemple qui démontre bien la stupidité de ce que l’on peut faire avec des NFTs. C’est un usage stupide de la part d’un utilisateur de NFT qui n’a pas bien saisi l’intérêt de cette technologie, et en effet c’est malheureusement un usage répandu. Ce qui se passe dans cette situation, c’est que l’utilisateur est propriétaire dudit lien (pouvant être amené à mourir). Mais en aucun cas il est propriétaire de l’objet vers lequel pointe le lien. C’est donc vraiment très très inutile ! L’auteur site en [6] un bon usage des NFTs qui consisterait à transmettre le hash de l’objet pour garantir l’intégrité du fichier original. Le contenu de la blockchain reste décentralisé en revanche, ce qui est centralisé c’est la plateforme sur laquelle est héberger le lien vers l’objet (mais du coup ça n’a rien à voir avec les NFTs).

  • Pablo : Je peux ajouter ici qu’il existe des NFT dont l’url est un hash IPFS. Bon, ça veut dire que l’objet est en ligne seulement tant que la personne qui la mise sur son nœud IPFS l’y conserve (à moins que quelqu’un·e d’autre ne le “pin” sur son propre nœud, mais ça ne fait que reporter le soucis), mais au moins pendant son temps de vie, l’intégrité de l’objet est a priori assuré.

Et pour finir paragraphe 10: là encore où est le problème avec les NFTs ? L’auteur souligne encore un problème juridique: “Si l’entreprise change d’avis, la vérité dans le monde virtuel change avec…” en quoi cela diffère d’un État qui deviendrait autoritaire et qui re-décidrait artibrairement de qui possède quoi ? De même pour “si un jeu n’a pas prévu de code pour afficher un chapeau rouge sur votre avatar, vous ne pourrez pas y afficher un chapeau rouge sur votre avatar, même si vous être le “propriétaire” d’un NFT associé à l’idée d’un chapeau rouge et que le jeu prend en compte le blockchain sur laquelle c’est le cas par ailleurs” en quoi cela diffère de la situation où l’on possède un titre de propriété sur un chapeau rouge (ce qui n’équivaut pas à dire que l’on possède le chapeau rouge physiquement sur soi d’ailleurs) et où l’on déménage d’un pays A où les chapeaux rouges sont autorisés, vers un pays B ou les chapeau rouge sont interdit ? Je pourrais très bien continuer de posséder le chapeau rouge, en le laissant dans le pays A puisque j’ai le titre de propriété, tout en vivant ma vie dans le pays B (on peut prendre l’exemple du cannabis par exemple qui est autorisé dans certains pays d’europe et pas dans d’autres).

  • Pablo : C’est tout à fait vrai oui, mon point ici est seulement de pointer le fait qu’on est bien dans un système centralisé. C’est pas que l’idée ne fonctionne pas techniquement, c’est que c’est un outil disproportionné et coûteux pour arriver à faire quelque chose qui pourrait être fait bien plus efficacement autrement, sans blockchain, puisqu’on est de toutes façons pas dans un cas décentralisé.

Bref voilà les points que je souhaitais soulever.

  • Pablo : Merci d’avoir pris le temps de le faire ! Je vous invite à lire l’autre billet pour je pense mieux comprendre où je veux en venir dans celui-ci, parce que je suis généralement d’accord avec vos “objections” qui n’en sont du coup pas vraiment !
5. Le dimanche 30 janvier 2022, 16h29 par Jerome

Bonjour,
Merci pour ce billet qui confirme ce que j’avais cru comprendre des nft.
Je serai curieux d’avoir votre analyse de la dernière vidéo d’Idriss Aberkane traitant du musée du Louvre et des NFT.

  • Pablo : Houla, j’ai pas vu passer ça, mais c’est sûrement assez facile à debunk, vu le n’importe quoi général qui émane de cette personne…