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lundi 7 juin 2021

La vérité sur la blockchain

Depuis quelques années, la technologie de la blockchain est sujet à un buzz tel qu’elle est mise à toutes les sauces. Les projets utilisant cette technologie se multiplient sans que le choix de l’utiliser ne semble être justifier par la nature des projets en question. La raison à cela semble être le fruit d’un pur effet de mode (lui même assez directement lié à l’idéologie aveuglée du solutionnisme technologique) et des possibilités de financements qui en découlent.

En règle générale, le principe de ces projets est d’enregistrer des informations dans une blockchain en prétendant que cette technologie apporte une certaines forme de garantie. On voit par exemple régulièrement passer des projets qui consistent à mettre dans une blockchain des informations de traçabilité, des actes notariés, ou encore des diplômes.

Il faut comprendre que l’intérêt d’une blockchain et de permettre l’établissement d’un consensus[1] distribué, c’est à dire permettre à un ensemble de systèmes autonomes de se mettre d’accord sur une donnée commune, sans avoir besoin d’une autorité centrale. Quand on a pas ce besoin spécifique, l’utilisation d’une blockchain n’a aucun intérêt.

Cet éclaircissement fait, il est évident que bon nombre des projets autour des blockchains n’ont aucun sens. Déjà, tous ceux qui consistent à avoir une blockchain gérée par une autorité particulière… Mais aussi tous ceux qui prétendent pouvoir rendre obsolète le recours à une autorité pourtant intrinsèquement nécessaire. Prenons l’exemple des diplômes. Un diplôme universitaire est nécessairement délivré par un établissement d’enseignement supérieur habilité à le faire par un état (ou une autre institution, peu importe). Vouloir mettre des certifications de diplôme dans une blockchain n’a donc aucun sens car seul l’établissement qui a délivré le diplôme est réellement en mesure de certifié que c’est le cas. Si certifier numériquement des diplômes est utile, alors c’est faisable de manière plus efficace et moins coûteuse sans blockchain (et on sait très bien faire ce genre de choses, c’est comme ça que fonctionne les certificats TLS utilisés pour les connexions sécurisées en HTTPS sur le web par exemple).

Mais le soucis avec ces projets autour de blockchains est en fait bien plus profond que ça. Ce que beaucoup de monde semble ne pas comprendre (ou ne pas vouloir comprendre) c’est qu’en règle générale, ce qui est écrit sur une blockchain n’a aucune valeur de vérité dans le monde réel, si ce n’est pas appliqué/imposé par une autorité tierce. Exactement de la même manière que le contenu d’un contrat écrit sur du papier n’a de valeur que tant que l’ensemble des parties restent d’accord avec, ou qu’il existe une autorité tierce qui a la capacité de contraindre les parties récalcitrantes à honorer le contrat.

La seule vérité qui est garantie par l’écriture d’une information sur une blockchain, c’est que l’information en question est écrite sur la blockchain en question.

Cela n’a donc d’intérêt que si c’est l’écriture elle même qui définie la vérité. C’est à dire qu’il s’agit d’une écriture performative. C’est le cas avec les cryptomonnaies, où le montant contenu dans un portefeuille[2] est calculé à partir des transactions écrites sur la blockchain.

Il ne faut pas confondre ce qu’on écrit parce qu‘on a décidé (par ailleurs) que c’est vrai, et ce qui est vrai parce que c’est écrit.

Notes

  1. ^ Il faudra que j’écrive un article à propos de ce qu’on appelle « consensus » dans le cadre des blockchains car c’est une utilisation extrêmement trompeuse de ce mot.
  2. ^ Là aussi, cela mériterait des articles pour discuter les termes de « cryptomonnaie » et de « portefeuille » qui sont à mon avis particulièrement mal choisis.