Cryptomonnaie / blockchain : un serpent qui se mord la queue

Dans le billet “La vérité sur la blockchain”, j’expliquais pourquoi la seule application possible (ou du moins, valable) d’une blockchain est une cryptomonnaie. Grossièrement, c’est le seul cas d’utilisation où l’écriture sur la chaîne est performative sans dépendre d’une autorité / d’un tiers de confiance extérieur. C’est donc le seul cas où l’on est effectivement face au problème du consensus distribué[1].

Dans un autre billet sur la nécessité de la preuve de travail (ou d’enjeu), j’expliquais qu’effectivement dans les cas où il est nécessaire de résoudre le problème du consensus distribué, on ne sait pas se passer d’une blockchain (c’est d’ailleurs exactement pour ça que cette technologie a été inventée).

Une chose que j’ai évoquée seulement indirectement dans ce dernier billet, c’est la nécessité de récompenser le travail (ou l’enjeu) pour inciter à la participation. En effet, le coût de la preuve de travail (ou l’inconvénient de l’enjeu) serait prohibitif si il n’y avait aucune contrepartie promise en échange de cette participation au fonctionnement du réseau, avec une espérance de gain supérieure au coût de la preuve.

Bien sûr, cette récompense doit forcément être “interne” à la blockchain[2], sinon on sort de la situation décentralisée et sans confiance qui nécessite l’usage d’une blockchain. Cela signifie qu’une blockchain a besoin de sa cryptomonnaie pour fonctionner.

Récapitulons : une cryptomonnaie nécessite une blockchain pour exister, et à la manière d’un serpent qui se mort la queue, cette blockchain nécessite cette cryptomonnaie pour fonctionner. Cryptomonnaies comme blockchains sont des solutions qui sont leur propre problème. À cela s’ajoute que la seule application valide d’une blockchain est justement une cryptomonnaie, et qu’à leur tour les cryptomonnaies ne semblent avoir comme intérêt pratique que la création d’actifs purement spéculatifs…

Bref, pour finir rappelons qu’un système de monnaie numérique, même décentralisé, peut tout à fait exister sans blockchain[3] !

Notes

  1. ^ C’est à dire devoir mettre tous les participants, sans qu’ils ne se fassent confiance, d’accord sur l’un d’eux au hasard sans disposer d’aucun agent qui puisse jouer le rôle de “chef d’orchestre”. À ce sujet voir également mon billet sur la notion de “consensus” dont il est ici question.
  2. ^ Il y a probablement beaucoup à dire sur ce que cela implique en terme (d’absence) de possibilité de contrôle de la monnaie (création/destruction), et d’inflation inévitable des frais des transactions si on veut éviter une création infinie d’unité de cryptomonnaie au fil du temps. Mais cela sort trop de mon champs de compétences pour que je puisse disserter là dessus sans craindre de dire quelques bêtises…
  3. ^ Voir par exemple le projet Taler.